
el lorsque les circonstances convenables se reproduiront,
le ravin, et, par suite, la vallée s’allongera
en remontant la sinuosité , et elle s’élèvera
de plus en plus vers le faîte. Pendant ce tems | les
agents destructeursdes roches continueront d’agir
dans les parties inférieures de la vallée ( celles
voisines du pied de la chaîne ) ; elles les élargiront,
et elles les approfondiront jusqu’à ce que la
pente ait pris une certaine inclinaison.
C’est principalement sur les grandes hauteurs
que les eaux produisent des effets plus sensibles ;
courant avec plus de vitesse , elles ont plus de
force. Il serait, en outre, bien possible , qu’origi-
nairement elles fussent plus abondantes qu’aujour-
d’hui, et que leur masse ajoutât ainsi à leur force.
M. de Humboldtasouventmanifesté l’opinion que
les rivières charriaient autrefois incomparablement
plus d’eau , et il a remarqué des traces non
équivoques de leur ancien rivage à des hauteurs
qu’elles n'atteignent plus. Il pense que plusieurs
d’entre elles occupaient ces grands lits au milieu
desquels est creusé leur encaissement acLuel, et
que nous avons représentés comme les vallées des
plaines (§ 32) : effectivement le sol de ces grands
lits est formé le plus souvent par un terrain d’al-
luvion et de transport de même nature que celui
que le fleuve actuel dépose ou pourrait déposer
dans des crues extraordinaires.
§ 89. Mais un courant d’eau peut-il creuser et
DEGRADATION DE LA SURF. DU GLOBE. 2 4 1
approfondir le lit Sur lequel il coule ? Outre ce
que nous avons dit des effets des eaux courantes
sur les roches , je puis donner en preuve un
exemple quise rapporte directement à notre objet.
Dans les granités du haut Yivarais, vers les sources
de l’Ardèche , on a plusieurs vallées profondes ;
dans quelques-unes, dans celles de Montpezat, de
Jaujac, d’Antraigues, etc., et à une époque très-récente,
comparativement à celles indiquées par divers
monuments de la nature dans ces mêmes montagnes
, des volcans sont venus couvrir de leurs
laves le fond de ces vallées (i). Les faibles ruisseaux
, qui avaient été déplacés , sont revenus ; ils
seront ouvert un nouveau lit entre la lave et le
granité , et ils l ’ont approfondi, en plusieurs endroits
, de quelques pieds au-dessous de celui qui
existaitlors des éruptions volcaniques ; car on voit
distinctement leurs produits reposer sur des bancs
de galets , lesquels indiquent le fond de l’ancien
l i t , et le nouveau est au-dessous. Voilà donc une
portion de vallée approfondie de quelques pieds,
depuis une époque peu éloignée dans la chronologie
de la nature. Voilà, dirait M. Playfair, Y élément
différentiel de l’excavation des vallées ; le
tems reste chargé de son intégration. Le tems, qui
a des limites si étroites pour nous, n’enapluspour
(i) Voyez l’ouvrage de M. Faujas, sur les volcans éteints du
Vivarais, et Histoire naturelle de cette province, par M. Soulavie.
i. 16
Appréciation
de la
force des
agents qui
concourent
à., l’excavation
des vallées.