
Plusieurs savants o n t, en conséquence, cherché à constater
cette diminution des mers actuelles. Des académiciens d’Upsal,
Linné et Celsius, entre autres , se sont spécialement occupés
de cet objet. Ils firent faire, en 1731 , une entaille à fleur
d’eau sur une roche qui baignait la mer Baltique, au nord de
Loesgrund : treize ans après , la mer se trouva de six pouces
suédois (0,18 mètre) plus basse, et l’abaissement continue
encore , d’après les observations faites en dernier lieu (x). Une
autre marque tracée sur un rocher, dans le port de Vasa, indiqua,
au bout de vingt-cinq ans , un abaissement de cinq pouces
( o , i5 mètre ). Plusieurs autres observations, sur la diminution
de profondeur dans les ports, sur la réunion de bras de terre
autrefois séparés par les eaux, indiquèrent encore un abaissement
de niveau dans la Baltique. Quelques-unes des preuves
alléguées trouvèrent des contradicteurs , dans le sein même de
l’académie : Brovalius et quelques autres s’élevèrent sur-tout
contre l’extension que l’on voulait donner à une conséquence
qui ne concernait qu’une localité. Bergmann , témoin de toute
cette discussion , la résume, en disant: que les preuves données
en faveur de la diminution des eaux de la mer, la rendent extrê-*
mement probable ; que cependant, elles ne sont pas à l’abri de
toute objection ; mais que celles qu’on a faites ne lui paraissent
point prouver que la diminution n’a pas lieu (2).
On a fait encore, en Italie, un grand nombre d’observations
sur l’élévation respective du niveau de la mer et de celui des
côtes ; et leur ensemble semblerait même prouver un exhaussement,
plutôt qu’un abaissement du premier. Par exemple,
l’ancien pavé de la cathédrale de Ravenne serait aujourd’hui à
un demi-pied au-dessous du niveau des eaux : et on ne peut
supposer qu’il ait été établi dans une position si désavantageuse.
(1) M. de Buch. Foya ge en Norwege , tom. 2 , p. 279.
(2) P h y sic ali s che Beschreibung der E rd ku g e l, § i 5a.
DIMINUTION DES EAUX DE LA MER • T/ 1r n/
M. Breislak remarque que, dans l’ile de Caprée, quehp.es pavés
d’un des palais de Tibère sont maintenant couverts par les
eaux : au, reste , des affaissements du sol peuvent avoir aussi
produit ces changements de position respective. M. Breislak
lui-même observe que les phénomènes du temple de Jupiter
Sérapis , près de Pouzzol, présentent tout-à-ia-fois des indices
d’abaissement et d’éléyation : si le pavé en est maintenant un
peu au-dessous de la mer , d’un autre côté, trois colonnes de
marbre qui sont debout, et qui présentent, aune hauteur de dix
pieds , sur une zone de six pieds de large, une multitude de
traces de vers marins , sembleraient indiquer que , depuis que
les colonnes sont en place, la mer a été de seize pieds plus élevée
qu’au jourd hui (1). Au reste, nous nous garderons bien de
tirer la moindre conséquence de ces faits isolés et contradictoires
: nous ne les rapportons ici que parce qu’il en est souvent
question dans les discutions géologiques. Nous nous bornerons
à observer que les descriptions des géographes anciens
indiquent que nos côtes avaient, il y a près de vingt siècles ,
leur forme actuelle : et que les observations des savants français,
eu Egypte , sur la position de quelques monuments placés
près du niveau de la mer, ne dénotent aucun changement sensible
dans son élévation , depuis l’érection de ces monuments.
On a cherché encore, dans les monuments de la nature, des
preuves de l’abaissement des mers. M. Piayfair pense que les
c° tes t jé .f Angleterre en présentent de manifestes : Cook et
d’autres navigateurs en ont vu encore dans les régions équatoriales
et dans la mer du Sud : les professeurs Douât et PJui
ont observé, sur des rochers peu élevés au-dessus d e la Méditerranée,
des trous et des vestiges de pholades absolument
(1) M. deGimbernat a fait voir, d’une mauière aussi ingénieuse
que probable comment ce fait extraordinaire pouvait résulter
dune cause locale. Bibliothèque universelle, 1819.
I.