
Je remarque que la majeure partie de ces observations, ayant
été faites sur de grands plateaux, indiquent plutôt la température
des terres élevées que celle de l’atmosphère à la même
élévation. Nous avons déjà parlé de la première, et nous avons
porté son décroissement à un degré par 200 mètres d’élévation.
Le décroissement de la température de l’atmosphère
parait plus rapide, et nous l’estimerons à 160 mètres, d’après
1 ensemble de nos observations et de celles des physiciens.
Les ascensions aréostatiques , isolant en quelque sorte l’observateur
au milieu de l’atmosphère, loin de toute influence
de la terre , seraient bien les plus propres à faire connaître la
loi du décroissement de la température à mesure qu’on s’élève,
si 1 on pouvait tenir le ballon stationnaire à volonté. Mais la
rapidité avec laquelle il passe d’une couche à l’autre , et la
lenteur avec laquelle le thermomètre prend la température du
milieu dans lequel il est plongé, laisseront toujours une incertitude
dans l’attribution que l’on fera à une couche, d’un
certain degré de température. Aussi le courageux physicien
qui, à 1 aide des ballons , s’est élevé à la plus grande hauteur
que les hommes aient encore atteinte , n’a-t-il osé tirer aucune
conclusion positive des observations thermométriques qu’il a
faites durant son ascension. Il remarque seulement qu’en comparant
la température du bas de la colonne parcourue avec
celle du haut de la même colonne, à 7000 mètres d’élévation ,
et en supposant l’uniformité dans le décroissement de la chaleur
, on a par degré........................................... i 73 mèt.
En comparant la température du bas avec celle du
milieu ( 36g i mètres)......................................................
Et cette dernière comparée avec celle du haut, . . 14.1 1
M. Gay-Lussac observe, qu’ainsi le décroissement a été
plus rapide dans les régions supérieures (1) : de 5ooo à
(1) Annales de chimie, tom, £>2,
7000 mètres, espace dans lequel les causes perturbatrices,
1 influence de là terre, et les variations horaires en température,
devaient produire moins d’irrégularités et où elles en ont effectivement
moins produit, on ne trouve plus que i 3q. mètres
par degré.
Mais la chaleur décroît-elle uniformément d un degré pour
une même hauteur P en d’autres termes , decroit-elle en progression
arithmétique ? Euler ne le pensait pas , et il admettait
une progression géométrique. Oriani a cru devoir ensuite
adopter une progression mitoyenne ( la progression harmonique
). Il en a été de même de M. Lindenau : et ces savans ont
ainsi admis une plus grande rapidité de décroissement dans les
régions inférieures. M. Laplace, lui-meme, paraît pencher vers
cette opinion, et il pense que la temperature, comme la densite
réelle des couches de l’atmosphère , doit tenir à-peu-près le
milieu entre la progression géométrique et la progression
arithmétique : il adopte cependant celle-ci, dans son mode de
mesurer les hauteurs à l’aide du baromètre ; et il me semble
effectivement que la masse générale des observations conduit
au moins autant à cette progression qu’à toute autre; mais,
je le répète , les très-grandes différences et irrégularités que
présentent les observations de température à diverses hauteurs
, ne permettent pas d’en conclure aucune loi précise
de décroissement.
S’il me fallait cependant tirer une conclusion de l’ensemble
de ces observations, je dirais que le décroissement de la chaleur,
dans l’atmosphère , éprouve à chaque instant les plus
grandes variations ; que d’un jour à l’autre, et dans le même
lieu , on le voit quelquefois devenir double et même triple de
ce qu’il était la veille; et que les moyennes des observations faites
avec le plus de soin dans nos climats, indiquent qu’ il est
d’environ un degré du thermomètre centigrade par 160
mètres d’élévation.