
souvent le meme phénomène ; mais il y est accompagné
de circonstances si extraordinaires ,
qu’il convient d’entrer dans quelques détails à ce
sujet : nous allons le faire en prenant pour guide
une note de M. de Humboldt, insérée dans les
oeuvres de Klaproth, et des renseignements particuliers
que ce savant a bien voulu nous donner.
Les cônes énormes du Cotopaxi, du Pichincha,
du Tungouragoua, etc., ne sont, en quelque sorte,
que les cimes des volcans auxquelles ils appartiennent
, et dont les flancs sont vraisemblablement
encaissés dans la grande masse des Cordi-
lières. De mémoire d’homme ils n’ont vomi de
vraies laves ; cependant M. de Humboldt en a vu
des courants sur le Sangay et même sur YAnti-
sana : on dirait que les agents volcaniques, qui
ont rarement la force d’élever la colonne de lave
jusqu’à la cime de l’Etna et du Pic de Ténériffe ,
l ’auront encore moins dans des volcans d’une
hauteur presque double : à l’Etna, à Ténériffe, etc.,
la lave peut se faire une ouverture à la partie inférieure
de la montagne , .et se répandre ainsi à
l ’extérieur ; mais il ne saurait plus en être de
même dans des volcans dont les flancs sont renforcés
, jusqu’à une hauteur de près de trois mille
mètres , de toute l ’épaisseur des Cordillères. Ces
volcans se bornent à lancer des cendres, des scories
et des ponces (i) : ils vomissent aussi d’im-
(i) Us jettent encore, des flammes ou matières embrasées qui
menses quantités d’eau et de boue, mais bien plus
souvent par les ouvertures qui se fout sur les côtés
du cône que par le cratère. Ces eaux boueuses
formaient comme de grands lacs ou de grandes
mares dans les diverses cavités que ces énormes
montagnes renferment dans leurs flancs : elles en
sortent, ainsi que nous l’avons d i t , lorsqu’un
accident leur ouvre une communication avec le
dehors : c’est ainsi qu’en 1698 , le volcan de Car-
guarazo , voisin et peut-être partie du Chimbo-
raço , s’écroula et couvrit de fange dix-huit lieues
carrées de pays. De pareilles eaux bourbeuses sont
encore renfermées dans des terrains de la même
contrée , qui sont de nature volcanique, mais qui
ne présentent plus aujourd’hui aucun indice d e -
feu ; et elles sont également vomies à la surface
lors des grandes commotions du sol. Dans le Pérou
et à Quito , ce n’est pas par le feu et par les courants
de matières embrasées que les volcans exercent
leurs ravages, c’est par l’eau et par d’énormes
coulées de boue. Celte substance, d’une consistance
d’abord semblable à celle de la bouillie ,
mais qui durcit bientôt, porte le nom de moya
dans le pays : elle présente deux phénomènes
bien extraordinaires. Quelquefois , comme dans
le moya qui inonda là contrée de Péliléo et qui
présentent l’image des flammes. La Condamine en a vu sortir du
Cotopaxi et s’élever à mille mètres au-dessus de sa cime.