
de poudingues et autres précipites mécaniques»
Mais lorsque la mer eut baissé, que la terre
ferme se montra au-dessus de son niveau , dès
lors, les courants se trouvant rapprochés du fond,
y exercèrent une action plus forte; ils détruisirent
des masses minérales au sein même du milieu
dans lequel elles s’étaient formées ; ils en charrièrent
et triturèrent, en quelque sorte , les débris
qui, se mêlant aux nouvelles formations, en altérèrent
la pureté. D’un autre côté , les éléments
atmosphériques attaquèrent la terre ferme , qui
s’élevait au-dessus des eaux ; ils en corrodèrent la
surface ; ils portèrent, dans le sein de la- dissolution
, les molécules qu’ils en avaient détachées.
De plus , des masses de terrain, perdant leur appui
, s’affaissèrent et s’éboulèrent ; leurs débris
devinrent encore la proie des éléments atmosphériques
qui les décomposèrent, et les eaux pluviales
les charrièrent dans le sein de la dissolution.
Ces matières souillèrent de plus en plus les précipités
chimiques , et finirent par en former d’entièrement
mécaniques.
Des causes qui nous sont inconnues produisirent
quelquefois de violents mouvements dans
les mers ; à ces tems d’agitation, succédèrent des
tems de calme : de là, l’alternative des précipités
chimiques et mécaniques, que l’on remarque depuis
1 apparition de ces derniers.
fies assertions de Werner sur le changement progressif dans
la nature de la dissolution, sur la nature de moins en moins
cristalline et de plus en plus mécanique des précipités, à mesure
qu’on avançait en âge , sont vraies en général : il faut seulement
admettre des oscillations continuelles dans cette gradation
de formations , et Werner les admettait. Avant de passer
du granité à gros grains cristallins aux schistes presque sédimen-
taires , la nature est souvent revenue sur ses pas, pour quelques
instants ; elle avait déjà formé les schistes-micacés et même des
scliistes-phyllades, lorsqu’elle a reproduit quelques granités; et
ce n’est qu’après de pareilles hésitations qu’elle est décidément
passée aux grandes masses schisteuses. Elle les a ensuite entremêlées
de brèches, de poudingues et de grès; et lorsqu’elle ne paraissait
plus occupée qu’à accumuler ces roch es fragmentaires ,
on l’a encore vu reproduire quelques porphyres. Jusque dans
les dernières époques, on remarque ses retours vers l’ancien
état de choses ; c'est ainsi qu’elle a placé des masses quartzeuses
ayant quelque apparence cristalline sur des couches de craie ou
de marne, et des assises de pierre calcaire sur des bancs de sable
ou de cailloux roulés. Cette marche pourrait être comparée à
celle d’un pendule qui oscillerait continuellement, et par des
oscillations tantôt plus, tantôt moins grandes , pendant que le
point de suspension avancerait d’un lieu vers un autre.
Cependant, l’époque que nous venons de mentionner, et où
l’on voit se produire une si grande quantité de brèches, de grès,
de houilles , etc. , diffère tellement de ce qui l’a précédée et de
ce qui l’a suivie , qu’on serait tenté d’y voir un vrai changement
dans la marche de la nature, plutôt qu’une simple oscillation.
Elle nous prouve un tems de destruction; elle nous indique
une action violente et presque subite, entre la formation
paisible des roches primitives et la formation généralement
tranquille des grands terrains calcaires; elle nous apprend qu’une
portion considérable de la terre avait déjà été mise à découvert,
avait été peuplée de végétaux, qui ont été ensuite ensevelis
dans nos houillères et recouverts d’une mer nouvelle.