
lande leur doit également son existence : Vancouver
rapporte que , vers le sud de ce pays, la
terre est presque toute de corail : le sommet d’une
des montagnes les plus élevées présente , d’après
son rapport, un plateau dont le sol est de sable
blanc ; il en sort, dit-il, des branches de corail
exactement pareilles à celles qu’on voit à la surface
de la mer , et leur épaisseur varie depuis une
ligne jusqu’à un ou deux pouces, et leur hauteur
au-dessus du sol est de plus de trois pieds.
Ailleurs, les produits de ces mêmes animalcules
entourent, comme d’une circonvallation de récifs,
les îles et les terres de cette partie du monde , et
en défendent souvent l’approche aux navigateurs:
leur travail s’accroît journellement, et hausse de
plus en plus le fond de certaines rades. Ce sont
souvent, d après la Billardière , d’immenses murailles
ou colonnes que ces êtres presque imperceptibles
ont élevées à plomb, depuis le fond de
la mer jusqu’à sa surface , et dont quelques-unes
ont plus de deux cents mètres de hauteur.
Ces prodigieux effets , et d’autres plus considérables
encore , produits par une cause si faible
en apparence , sont bien faits pour étonner notre
imagination , et pour confondre nos raisonnements.
Péron , après avoir rapporté que toute
une partie de l’ile de Timor , ainsi que les hautes
montagnes qu’il a été à même d’y observer, est
un produit des zoophytes , remarque qu’on peut
INÉGALITÉS du fond de la mer. 1 19
voir sur les bords mêmes de l.’île ces petits êtres
élevant leur immense ouvrage. Bu côté d’Osopa ,
l’on peut, à mer basse, s’avancer à plus de trois
quarts de lieue sur le rivage abandonné parles flots :
« C’est là, dit Péron, qu’avec un étonnement mêlé
» d’admiration, l ’on peut jouir à son aise du spec-
» tacle merveilleux de ces milliers d’animalcules
» occupés sans cesse de la formation des rochers
»' sur lesquels on s’avance ; et lorsque l’observa-
» teur, armé d’une forte loupe, vient a contempler
» ces êtres si faibles , il a peine à concevoir com-
» ment, par des moyens si petits en apparence, la
» nature a pu élever du fond des mers ces vastes
» plateaux de montagnes qui se prolongent sur
« la surface de l ’île et qui paraissent former sa
» substance presque entière. »