
§ i/j.3. Il semblerait, d’après ce qui vient d’être
dit, que Werner regarde toutes les formations minérales
comme produites par une seule et même
dissolution qui a seulement varié assez progressivement
de hauteur et de nature. Mais il était trop
bon naturaliste , pour ne pas voir que ce mode
d’explication ne pouvait rendre raison de tous les
faits : par exemple , si toute roche ou couche doit
se trouver à un niveau d’autant plus bas qu’elle est
plus ancienne , pourquoi voit-on des masses por-
phyriques , ayant beaucoup de rapports avec
elles , qui existent dans les terrains primitifs, posées
sur des grès et même sur despoudingues, et
qui s’élèvent à de grandes hauteurs : un simple
mouvement oscillatoire, une simple modification
rétrograde dans la nature de la dissolution, pareil
à celle qui a produit un granité sur du gneis et
même sur du phyllade , ne saurait rendre raison
de ce fait. Il faut, d’après les principes de Werner,
qu’une autre dissolution soit venue recouvrir,’
par de nouvelles formations, un terrain déjà abandonné
par une dissolution plus ancienne. Ce savant
admettait, au moins implicitement, ces nouvelles
inondations ou cataclysmes, et il leur attribuait
quelquesformations particulières, telles que
celle des traps secondaires, celle de certains porphyres
et de quelques autres roches.
J’ai fait connaître en détail, dans mon Mémoire sur les basaltes
de la Saxe ( pag. i 4g et suiy.) , la manière dont on
devait concevoir , d’après W erner , les circonstances de la première
de ces formations: je ne reviendrai pas sur ce sujet. Ce
savant s’est encore expliqué moins positivement sur ce qui concerne
les autres formations de ce genre : même pour celle des
traps secondaires , il n’a pas formellement dit qu’elle fût l’elfet
d’une grande iuondatiou particulière , quoique ce soit une
conséquence nécessaire de sa manière de la présenter. J’observerai
ici que Werner était très-circonspéct lorsqu’il s’agissait
des cataclysmes et des révolutions de la nature ; il ne se prononçait
jamais d’une manière positive, vraisemblablement parce
qu’il n’avait pas encore une opinion définitivement arrêtée sur
ces matières ; peut-être aussi son respect pour les livres sacrés
lui faisait craindre que les assertions qu’il aurait émises ne fussent
mal interprétées.
Je remarquerai encore que les formations particulières que
nous venons de citer, sontaujourd’hui regardées comme des produits
volcaniques par beaucoup de minéralogistes. Je crois
qu’il en est ainsi pour la formation des traps secondaires, et je
suis dans le doute sur un graud nombre de porphyres : seraient-
ils des rameaux par lesquels les productions volcaniques s'enlaceraient
avec les autres roches jusque dans le voisinage des
terrains primitifs? Nous examinerons cette question dans la
seconde partie.
Lorsque la dissolution qui a produit les diverses
formations n’a varié, dans sa nature, que dune
manière entièrement graduelle , les productions
des diverses époques, c'est-à-dire les formations,
passent les unes aux autres d’une manière insensi-
bleret elles présentent une suite continue : sa division
en différents termes est presque arbitraire, et
il n’y a pas de limite positive entre eux. Mais, lorsque
les variations n’ont plus été aussi nuancées,
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