
terre, se succédèrent pendant plusieurs jours ;
la tranquillité paraissait rétablie , lorsqu’avec un
horrible fracas , le sol se souleva, s’ouvrit, vomit
des flammes, des pierres embrasées et des nuages’
de cendres ; tout le pays en fut couvert et ruiné
à plus d’une lieue à la ronde ; des milliers de petits
cônes de deux à trois mètres de hauteur sortirent
de terre; six grandes buttes, placées dans la direction
d’une crevasse, se formèrent de la même manière
que nous avons vu se produire le Monte-
Nuovo : la plus élevée est le Jorullo, dont la hauteur
, sur les plaines voisines, est d’environ cinq
cents mètres, d’après les mesures de M. de Hum-
boldt. Pendant les années suivantes, le volcan a
continué ses déjections; elles ont diminué peu-à-
peu, et aujourd’hui il n’émet plus que de la fumée.
Les petits cônes, appelés homitos, exhalent,
comme autant de fwneroles, des vapeurs épaisses
qui s’élèvent à dix ou quinze mètres de hauteur.
Les eaux qui sourdent de cette terre de désolation
sont très-chaudes, et souvent chargées d’hydrogène
sulfuré (1).
Lorsque de pareilles formations ont lieu dans
le sein de la mer, ou lorsque les volcans sous-
marins , par l’entassempnt des produits de leurs
déjections et éruptions, élèvent leur cime au-
dessus des eaux, il en résulte des écueils et même
(i) Essai politique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne ,
liy. III, ch. VIII.
de nouvelles îles : ces faits ont principalement
lieu au milieu des archipels volcaniques (i).
„ _ , t t i ' Phénomènes
§ 76. Passons à l examen des divers pheno- des Remmènes
que présentent les tremblements de terre
en général.
Ils sont ordinairement précédés par des bruits
sourds, des mugissements souterrains quelquefois
très-forts et sans direction déterminée. De
pareils bruits annoncèrent, en 17465 aux habitants
de Lima, la catastrophe qui allait détruire
leur ville, et ils les portèrent à abandonner à
tems leurs habitations. Un bruit semblable a celui
de plusieurs chars qui roulent sur un pont de
pierre , dit Spallanzani, fut le prélude du tremblement
qui renversa Messine. Cependant celui
de Lisbonne, en 1755 , arriva tout-à-coup : rien
ne l ’avait même fait pressentir.
O11 donne encore comme pronostics de ces
grandes crises de la nature , la sortie des reptiles
qui vivent habituellement sous terre ; l ’agitation
et les mouvements extraordinaires des oiseaux ;
les hurlements de certains animaux ; le tarissement
des sources et des puits , etc.
Les secousses se succèdent avec plus ou moins
de rapidité et plus ou moins de force : il y en eut
trois à Lisbonne , et ce fut la dernière qui fut la
plus forte et qui causa le plus de ravages ; elle se
(1) Voyez quelques détails sur ce sujet aussi curieux qu’instructifs
dans la note VII.