
histoire ; elle est le rendez-vous et comme le centre
de tout le clergé du royaume ; on y trouve une bibliothèque,
une école publique et un grand nombre de
debteras qui sont en possession de l’enseignement.
Le territoire d Axoum est un lieu d’asile impénétrable
; en temps de guerre on y transporte tous les
grains et les provisions qu’on veut mettre à l’abri:
nul n oserait franchir cette enceinte privilégiée que
garde, encore mieux que l’ascendant du clergé, une
légende populaire que nous avons rapportée dans l’introduction.
Nous reçûmes l’hospitalité chez Abba Kalemsis, le
conservateur de la bibliothèque et l’un des principaux
personnages de la ville. A l’entendre, ce noble bibliothécaire
descend en ligne directe de Salomon; mais il
s’en faut que son esprit soit aussi brillant que sa généalogie.
Cependant il ne paraît pas manquer de ce
degré d’adresse nécessaire pour arriver à la fortune et
aux emplois. Il ne le cède en rien d’ailleurs au meilleur
cicerone de Rome ou de Naples pour l’exploitation des
antiques. M. Sapeto lui avait donné un burnous peu de
temps avant notre arrivée, et ce fut probablement au
souvenir de ce cadeau que nous dûmes l’affabilité de
son accueil. Après ce début favorable, nous nous attendions
à un souper aussi délicat que pouvait le comporter
la cuisine abyssine. Mais il paraît que la race
de Salomon avait dégénéré sous le rapport de la munificence,
et nous dûmes nous contenter en définitive
d’un méchant lit rempli de punaises.
En partant d’Adoua nous avions fait route par une
pluie battante; mais le lendemain le ciel fut clair, et
nous pûmes consacrer une partie de la matinée à
visiter la ville, et surtout à faire un croquis du pays
par où nous avions passé. Nous n’eûmes pas le temps
de nous occuper des nombreux monuments d’Axoum,
comme ils l’auraient mérité, car ce jour même, à midi,
nous prîmes congé de notre hôte. Pendant une heure
nous suivîmes le ruisseau de Maye-tchoute, sur les
bords duquel s’étendent de plantureux pâturages, entourés
eux-mêmes de beaux champs de tbef jusqu’à
un demi-mille au delà. On passe de cette vallée dans
celle de Seleuloah, par une chaîne de collines verdoyantes
, et l’on se trouve dans des bois touffus de
mimoses et de sycomores, coupés çà et là de terres
cultivées. Nous couchâmes dans cette vallée, et le
lendemain, enjambant une seconde chaîne de collines
encore plus élevée que la précédente, nous étions
dans la vaste plaine du Chiré qui se termine au sud
par un ravin descendant au Taccazé : en plusieurs endroits
elle est sillonnée de gorges moins profondes qui
dirigent vers ce grand fleuve toutes les eaux de ce
bassin. De tous les côtés nous apercevions des villages,
et nous vînmes nous reposer un instant à celui de
Belasse, après quoi, tournant sur la droite, et passant
rapidement à travers le riche vallon d’Addi-Onfito,
nous arrivâmes en vue d’un plateau sur lequel était
assis le camp du dedjas Lemma,
Il ne différait en rien de celui de Mariam-Chaouito,
sauf par l’étendue qui était moindre ; le même ordre
y régnait, et nous n’y fûmes pas moins bien accueillis.