
naissance que par les talents militaires. Au midi
de cette ligne, l’intérim du commandement avait été
confié à balgada Aréa, ce jeune chef dont nous avons
déjà vanté le caractère et le courage. Malgré l’honneur
que lui faisait en cette circonstance la confiance d’Oubié
, il avait persisté dans son refus de se rendre dans
la tente de son suzerain pour y recevoir l’investiture du
commandement; et il ne s’était engagé à maintenir son
autorité que jusqu’à une certaine époque, passé laquelle
il se réservait d’agir pour son propre compte.
On le v o it, le bonheur et l’habileté d’Oubié n’avaient
pu faire fléchir la hauteur et l’indépendance du descendant
du Ras Ouelda Sallassé.
En quittant Adoua, Oubié s’était dirigé vers le Se-
miène, et était venu camper à Maye Talo, pour y attendre
quelques corps en retard, et arrêter son plan de
campagne. Les huit jours qu’il y demeura ne furent
qu’une succession de festins dans lesquels les soldats
manifestèrent le plus grand enthousiasme. La présence
de l’aboune y entrait certainement pour beaucoup :
les prières du patriarche ne devaient-elles pas garantir
de tout revers? La gent militaire continuait donc à
voir l’aboune d’un bon oeil; mais il n’en était pas de
même des paysans, qui le croyaient l’instigateur d’une
guerre toujours fatale pour eux, quelle qu’en fût l’issue,
et il s’était surtout créé une classe d’ennemis bien
plus importants parmi les gens qui avaient compté
sur son intercession pour faire amnistier les prisonniers
politiques, et qui voyaient leurs espérances déçues
: mais, quoique profondément irrités, ceux-ci
contenus par la crainte du maître, osaient à peine exhaler
leur indignation en sourdes rumeurs. Jusqu’alors
la fortune avait toujours favorisé les armes d’Oubié,
et un événement vint encore ajouter aux heureux
présages de cette nouvelle guerre. Oubié, quoiqu’il
eût dispersé les troupes de Gouangoul, n’était pas
parvenu à s’emparer de ce chef, et Guebra Raphaël
s’était maintenu sur son amba : ces deux rebelles
se réunirent encore après le départ d’Oubié, et songèrent
à reconquérir, en son absence, tout le terrain
qu’ils avaient perdu, et plus si c’était possible; mais
ils trouvèrent pour leur faire face leur ancien allié,
Aréa, qui accepta la bataille qu’ils vinrent lui offrir,
les battit complètement, quoique inférieur en nombre,
et fit Gouangoul prisonnier. Quelques jours après il
s’emparait par surprise de la forteresse de Guebra Raphaël,
ce qui réduisit, celui-ci à l’impossibilité d’agir.
Aréa s’empressa de faire part à Oubié de ces heureuses
nouvelles, et de lui dire qu’à son retour il retrouverait
le Tigré dans une complète soumission.
Un mois se passa dans ces conjonctures. L’armée ti-
gréenne vint camper à Mariam Ouaha, en vue de Gon-
dar; c’est là que le chef du Godjam, Beurou, après
avoir une dernière fois glissé dans les mains de Ras
Ali, opéra sa jonction avec Oubié. De son côté,
Ras Ali appelait sous sa bannière le ban et l’arrière-
ban de ses seigneurs gallas, à quoi l’aboune répondait
par des excommunications et refusait au chef de
l’Amarah le titre et les droits d’un chrétien.
Le second mois se passa sans nouvelles, et donna