
pour me reposer des fatigues de ma courte excursion,
est venu m’offrir à dîner.
Adieu, ou plutôt au revoir, mon ami, car à la distance
qui chaque jour s’étend davantage entre nous,
ce mot d’adieu à quelque chose de sinistre; que la
mer te soit bonne, le soleil doux, le vent favorable ;
que les plaisirs de Paris ne te fassent point trop oublier
tes amis. Angelo est arrivé. 11 était temps, car
le besoin d’argent se faisait vivement sentir. Le retard
de ce fidèle drogman a été occasionné par les difficultés
qu’on lui a suscitées au Caire. Malgré nos lettres
de crédit, le consulat refusait de payer, parce que,
disait-il, un méchant juif d’Alexandrie ne méritait
pas assez de confiance pour qu’on pût lui remettre
une somme importante. Angelo se voyant ainsi traité,
a mis sa maison en vente, et ses coreligionnaires se
sont offerts à lui donner l’argent que nous avions demandé.
C’est alors seulement que M. Cochelet s’est
laissé vaincre, et lui a remis nos appointements.
A toi,
A. P.
II.
Adoua, 27 fév rier 1840.
M o n c h e r T h é o p h i l e ,
Je t’écris parce que je viens de recevoir la visite du
frère d’Oubié, lededjazMarso, qui gouverne leTembène;
étant venu rendre hommage à son seigneur et frère,
il a profité de cette occasion pour réclamer mes soins
dans une maladie cruelle dont il est depuis longtemps
affecté. Comme il me serait impossible de le traiter
par correspondance, je lui ai proposé de rester à Adoua;
mais ses affaires le rappellent dans son gouvernement;
d’ailleurs, Oubié ne lui permettrait pas un séjour prolongé
dans cette ville. 11 m’a offert de l’accompagner.
J’étais assez disposé à accepter cette proposition, qui
m’eût permis de parcourir et d’étudier la province de
Tembène, qu’aucun voyageur européen n’a jusqu ici
explorée; je me disposais donc à partir, lorsque
l’alaka Kidona Mariam m’avertit prudemment que cette
détermination me brouillerait irréconciliablement avec
Oubié, qui non-seulement était jaloux de son frère,
mais encore le soupçonnait de trahison ; je me résignai
donc à échanger mon projet d’excursion dans le Tembène
contre celui d’un voyage dans le Semiène, province
explorée déjà par les docteurs Ruppel et Shimper,
mais qui offre encore une ample moisson aux études
scientifiques. Je me mettrai en route au commencement
de mars.
Bien m’en a pris de m’arrêter à ce parti, car je n'ai
pas tardé à apprendre qu’à peine arrivé dans son gouvernement,
le dedjaz Marso, craignant les violeuces de
son frère, s’est enfui du Tembène, a traversé le Lasta,
et passant parle paysdeDjanamora, dont les habitants
tiennent pour Oubié, a livré cette contrée au pillage.
Tu peux juger dans quelle position je me fusse trouvé
si je l’avais accompagné.