
d’Égypte en avaient des opinions bien différentes : les
premiers, y voyant pour eux un avantage certain, le
désiraient ardemment; les seconds craignaient que le
pacha ne fût assez habile pour le faire tourner à leur
perte, car ils pensaient que Méhémet Ali trouverait toujours
un moyen de l’éluder.
Les forces navales du pacha se montaient à treize
vaisseaux de ligne, huit frégates et une vingtaine de
bâtiments légers, parmi lesquels deux bâtiments à vapeur.
Tous étaient d’une bonne construction et bien
servis, on y avait adopté les perfectionnements des
nations maritimes les plus avancées. Cette marine est la
création de deux Français distingués, M. Cerisy, ingénieur,
et M. Besson, ancien officier qui possédait au
plus haut point toutes les qualités de l’homme de mer.
L’arsenal d’Alexandrie est bien disposé ; tout ce qui
tient à l’ordonnance générale et à la qualité de la construction
est digne d’éloges. On ne peut se lasser d’admirer
l’habileté et la persévérance qui ont mené à
terme, en si peu de temps, une entreprise aussi considérable.
Ici la nature n’avait rien fait; tout était, pour
ainsi dire, à créer. Un jour Méhémet Ali résolut d’avoir
une flotte ; il ne possédait ni chantiers, ni arsenal, ni
bois de construction. Il s’adresse à M. Cerisy, qui ne lui
demande que des ouvriers, et il lui fait amener des
Arabes la chaîne au cou. Chaque jour le pacha vient
s’asseoir sous une tente, d’où il surveille les travaux et
commande du regard à ses esclaves travailleurs. Enfin,
au bout de cinq ans, une escadre bien organisée fait
trembler le sultan sur son trône.
Quoique tout le monde s’accorde à vanter l’adresse
et l’intelligence des Arabes (e t je partage cette opinion),
il n’en est pas moins vrai qu’elles s’annulent du
moment où ils ne sont plus commandés par des Européens.
Les Turcs, si impérieux et énergiques qu’ils
soient, sont aussi trop ignorants pour diriger des travaux
qui exigent quelques études. Il suit de là que
tant de beaux résultats sont à la veille d’être perdus par
l’orgueil de gens qu i, à peine élevés, croient déjà pouvoir
se passer de leurs maîtres. E t, en effet, on a observé
que depuis que la flotte est dirigée exclusivement
par les Turcs, elle a beaucoup perdu de sa bonne tenue
et delà précision de ses manoeuvres; depuis que l’arsenal
a renvoyé presque tous ses ouvriers européens, il
n’est plus à même d’exécuter les travaux qu’il exécutait
autrefois.
Nous restâmes huit jours à Alexandrie, le temps de
régler la marche de nos chronomètres, de faire quelques
observations météorologiques, et de prendre nos
firmans. Nous allâmes, dans l’intervalle, rendre visite
àM. Cochelet, consul général de France, par l’entremise
duquel nos appointements devaient nous être
payés. Je lui demandai de nous faire obtenir du gouvernement
égyptien la même faveur qui avait été accordée
à M. Schimper, botaniste allemand, c’est-à-dire
une lettre de crédit pour le gouverneur de Messoah.
Nous ne réussîmes pas dans cette démarche, ce qui
nous obligea de retenir un homme6de confiance pour
nous apporter nos fonds d’Égypte en Abyssinie.
Nous prîmes un ancien magasinier, recommandé