
quatre ou cinq grands bâtiments peuvent y affourcher,
et de petits navires y tiendraient en grand nombre.
L’île a onze cents mètres de long sur huit cents de
làrge; la ville en occupe la moitié au S.-O.; 1 extrémité
N.-E. est gardée par un fortin garni de deux mauvaises
pièces de canon.Les maisons sont pour la plupart
construites en paille et entourées d’une palissade de
branchages, dont les interstices sont aussibouchés avec
de la paille. Quelques-unes appartenant à des gens riches
sont en pierre ; deux ou trois seulement ont un
étage au-dessus du rez-de-chaussée : l’une est celle du
gouverneur, située sur la place du Môle, où l’on voit
aussi quatre pièces de campagne en batterie. Le
bas de cette maison sert de magasin à la douane, le
haut loge le gouverneur, sa famille, et une garde permanente
d’une vingtaine d’Arnaoutes. La garnison de
la ville se compose d’environ quatre-vingts de ces soldats
qui, n’étant jamais payés de leur solde, font la
contrebande aulieu de l’empêcher.Beaucoup d’entre eux
succombent aux influences du climat, dont la chaleur
est accablante et cause, pendant deux mois de l’année,
des fièvres suivies de dyssenteries fort dangereuses. 11
en arrive ainsi, du reste, dans tous les ports de la mer
Bouge, et une garnison européenne, lors meme qu elle
ne serait pas atteinte des maladies propres au climat,
doit y être renouvelée très-souvent, sous peine de la
voir décimer par l’excès des chaleurs. La mortalité
n’est cependant pas très-grande parmi les naturels,
qui sont en général d’une constitution saine et parviennent
à des âges assez avancés.
Je fus parfaitement accueilli du gouverneur. 11
me donna un aperçu détaillé de l’état de l’A-
bÿssinie, et me rassura sur les difficultés qu’éprouvent
les voyageurs à y pénétrer. En attendant la
venue de mes compagnons, il me fit fournir un logis
chez Hussein-Effendi, l’écrivain public, et l’hôte
habituel des voyageurs européens. Ce gouverneur
de Messoah avait nom Aïdin-Aga : je n’ai jamais
vu homme plus candide, plus doux et plus complaisant.
Il n’en était pas moins habile à* gouverner,
et, chose rare, savait inspirer l’amour en commandant
le respect. Aïdin-Aga était plus obéi que
le sultan lui-même, et cela sans aucune rigueur,
par des moyens de conciliation.
La population de Messoah, d’environ cinq ou six
mille âmes, offre une race mélangée où le type galla
est aujourd’hui dominant; sa langue est un patois particulier
fait de bribes d’arabe et de tigréen. Son côté
saillant est la dissimulation, ce qui n’exclut pas une
certaine tolérance et de l’affabilité dans ses relations
avec les étrangers.
Malgré l’excessive chaleur ( j ’ai vu le thermomètre
monter à 45° cent. ), cette population est très-active;
non moins avides de plaisir que de lucre, les habitants
ne négligent aucune occasion de se distraire, et les
mariages et les naissances sont le prétexte de fêtes
nombreuses où l’on danse avec fureur, quelquefois
trois jours d u ran t, presque sans désemparer. Les
funérailles ne donnent pas lieu à moins de mouvement.
Pendant mon séjour, le fils du cadi vint à