
me retirer quand une rumeur attira mon attention; je
vis les groupes s’ouvrir et donner passage à un homme
portant une femme sur son dos; je trouvai ce nouveau
divertissement assez singulier; mais quel ne fut pas
mon étonnement de reconnaître dans la femme, la fiancée,
ainsi à cheval sur le dos d’un valet ! C’était sans
doute 1 usage, car tout le monde garda la plus imperturbable
gravité. Le futur se leva de son alga pour recevoir
sa femme, qui fut déposée devant lu i, puis il
croisa son petit doigt avec le sien, et tous deux, devant
l’assemblée silencieuse, se firent serment mutuel de fidélité.
Ils s’assirent ensuite, à côté l’un de l’autre, sur
un cuir étendu, et au bout de quelques instants, la
jeune fille s’en alla comme elle était venue, sur le même
dos qui l’avait apportée.
Ne voulant perdre aucun de ces étranges spectacles,
je m informai si tout était terminé là; on me répondit
que oui, pour la journée, que le mariage aurait lieu le
lendemain, mais qu’on n’allait pas moins continuer de
se réjouir, et, en effet, le charivari recommença de
plus belle. A voir les forces nouvelles qu’il puisait sans
cesse dans de copieuses libations, je jugeai qu’il y en
avait pour toute la nuit, et me retirai au plus vite, bénissant
en mon âme la précaution qu’avait eue notre
hôte de nous loger loin de chez lui.
Le lendemain je fus exact à me trouver de bon matin
dans la salle de réception. Les témoins, à jeun, y
étaient déjà rassemblés; bientôt entrèrent les grands
parents accompagnant les conjoints. Le père de la
fiancée tenait en une main une bougie allumée, dans
l’autre une bouteille pleine d’hydromel. Les proches et
les principaux domestiques étaient munis d’une manière
analogue. Alors, au milieu du silence général, il
s’adressa au fiancé et lui demanda solennellement s’il
promettait d’être fidèle à la femme qu’il prenait pour
épouse, s’il jurait de ne pas la battre et de ne pas dissiper
sa dot. A quoi le fiancé répondit : « Je le jure, »
Puis le père continuant : « Si tu ne tiens pas ta paît
rôle, que ta famille ë tta postérité s’éteignent comme
« cette lumière. » Il souffla sa bougie et tous les siens
Limitèrent. « Que ta fortune se disperse comme cette
« liqueur ; » et tous d’accord répandirent à terre leurs
fioles d’hydromel.
Il prit ensuite une toile et la donna à un témoin qui
se rendit garant du serment du jeune homme; une
toile fut également donnée au témoin qui s’était porté
caution de la jeune fille. Cette cérémonie achevée, les
parents et amis offrirent chacun leur présent pour former
la dot de la mariée ; son père fournit une certaine
quantité de vaches et de fusils, dont pareil nombre
devait être donné par le marié.
Suivant la coutume, les conjoints devaient se rendre
au domicile du père de l’époux, où une habitation
leur avait été préparée. Chacun se disposait à les accompagner,
et, comme Béeza se trouvait sur notre
route, nous nous mêlâmes à l’escorte. C’était une véritable
émigration ; plus de deux mille personnes marchaient
ensemble, en grande partie attirées par les
fêtes qui devaient recommencer sur nouveaux frais à
la maison d’Ato Ouelda Raphaël. Il faisait une cha