
plus confortable ; mais il revint en nous disant que la
fièvre régnait dans tous, et que le plus sage parti
que nous eussions à prendre était de coucher sous
notre tente, où nous pourrions toujours dormir, tandis
que nos mules seraient conduites chez le chef du
village, et mises à l’abri des hyènes et des léopards. Il
fallut bien s’y résigner. Mais le ciel, qui toute la
journée avait été très-pur, commença à se couvrir du
plus épais manteau de nuages; l’air devint étouffant,
et il parut évident que lé destin nous réservait un bain
complet, au lieu d’une nuit de repos. Il n’en fut rien
cependant; l’orage se résolut en quelques grosses
gouttes d’eau, et nous dormîmes sans que les hyènes
non plus s’en montrassent jalouses.
Le lendemain, à sept heures, nous nous remîmes
en route. A mesure que nous avancions, les espèces
d’arbres devenaient plus nombreuses, et nous rencontrions
quelques touffes de haute futaie. Nous traversâmes
deux fois, à un quart d’heure d’intervalle,
une rivière appelée le Kororo : elle coule entre deux
berges boisées, et son lit est formé de la même roche
amphibolique, d’origine ignée, dont il a déjà été
parlé. On y trouve des cailloux qui proviennent des
terrains supérieurs ; ce sont des morceaux de pélro-
silex roulés et arrondis, des fragments de la roche
amphibolique, du quartz blanc, et des morceaux de
fer chargé d’une poussière gris-bleuâtre scintillante
qui nous parut être du fer magnétique. Nous longeâmes
la rive gauche du Eororo pendant quelque temps,
et vînmes nous arrêter dans un endroit où il forme
plusieurs petits torrents. Cette position est pleine
d’ombre et de fraîcheur, aussi les habitants lui ont-ils
donné le nom de Massaf A la b a , qui veut dire je lave
ma toile, parce qu’en effet ils profitent de cette halte
pour laver leur vêtement.
De cet endroit nous nous dirigeâmes vers la plaine
d’Amado, à travers un pays qui continuait à être couvert
d’arbres : entre autres nous remarquâmes le
Kouara (Erythrina). Le terrain meuble de la plaine est
formé d’un détritus de schistes argileux et du sable
des divers cours d’eau qui la sillonnent; il produit de
nombreuses graminées dont quelques-unes ne se
trouvaient pas encore dans nos herbiers. Nous cueillîmes
aussi quatre plantes de la famille des apocynées
d’espèces inconnues, deux rampantes et deux parasites.
La zoologie continuait à être stérile ; nous n’avions
trouvé aucune espèce nouvelle depuis le Kororo, et
parmi les espèces connues, la p erdrix, la tourterelle et
quelques oiseaux de proie fort communs étaient les
seuls que nous eussions rencontrés.
Nous fîmes dans la plaine d’Amado environ cinq
milles |h nord, puis, tournant au nord-ouest, nous
gravîmefer la montagne d’Addi Tsada, au delà de laquelle
se trouvait la plaine du Mareb, et nous nous
établîmes pour la nuit au village d’Adderbati, le
dernier avant d’arriver au fleuve. Nous plaçâmes
nos tentes auprès des maisons, comme nous l’avions
fait la veille. Quand les habitants eurent appris que
nous avions l’intention d’aller sur les bords du Mareb,
ils demandèrent à nos domestiques pourquoi les