
du ciel après sa mort, sans une messe de délivrance
, pour laquelle les parents du défunt sont
astreints à donner à l’Église un nombre de vaches
et de pots de bière ou d’hydromel suffisant pour
défrayer un banquet. Cette coutume est bien enracinée
dans le peuple; tenter de s y soustraire
serait vouloir s’attirer l’animadversion, générale :
aussi voit-on de pauvres gens économiser toute
leur vie pour payer le teskcir; cest ainsi quon
nomme ce banquet mortuaire.
Les sépultures se font autour des églises, dans
l’enceinte comprise par la muraille dont elles sont
toujours environnées. Ces cimetières sont généralement
plantés d’oliviers et de cèdres.
Un grand nombre d’Éthiopiens font le pèlerinage
de Jérusalem ; mais leur défaut d instruction,
les privations et les difficultés qu’ils éprouvent
dans le voyage, à cause de leur pauvreté et de
leur ignorance de la langue arabe, sont autant de
raisons qui expliquent la mort de la plupart d’entre
eux, et le peu de sainteté de ceux qui reviennent ;
car souvent ces derniers sont soumis, de la part
des mahométans, à des tentations auxquelles il
leur est très-difficile de résister. On en a vu
même , mais c’est une rare exception , qui se faisaient
mahométans à leur passage à Djeddah, afin
d’avoir un peu d’argent pour continuer leur route
jusqu’à Jérusalem, où ils abjuraient de nouveau.
Les Abyssins suivent strictement les prescriptions
de Moïse relatives à la nourriture ; ce qu’il a
défendu comme impur est prohibé chez eux ;
aussi voit-on se multiplier, dans le pays, toutes
sortes de gibiers abondants. Il existe une seule
exception ; elle est relative au porc, que mangent
beaucoup d’Abyssins, bien que sa chair soit de
celles qu’interdit le livre sacré. Cette infraction
peut être mise sur le compte de l’ignorance ; car
le cochon, à cause de son pied fendu, n ’a pas, aux
yeux des Abyssins , les apparences.de l’impureté,
quoique sa qualité de non ruminant le range dans
cette catégorie d’animaux. Néanmoins, il est juste
de dire ici que j’ai entendu plusieurs prêtres abyssins
blâmer cette fidélité aux lois de Moïse, et
exhorter leurs ouailles à abandonner l’ancien livre
pour le nouveau, attendu que le Christ avait dit :
Tout ce qui entre par la bouche ne souille pas ,
mais seulement ce qui en sort.
Deux personnes, ou deux pays en querelle,
peuvent se réconcilier par le moyen de l’Eglise ;
en gage mutuel de la sincérité de leur réconciliation,
les deux parties jurent sur la croix, et le
prêtre la leur donne à baiser. Le salut de leur âme
se trouve ainsi lié à ce serment, dont ils ne peuvent
être relevés que par le prêtre qui l’a reçu.
Cependant la mauvaise conduite du clergé et
1 absence de lois civiles devaient finir par inspirer