
vante du temps. Telle est la loi commune ; livrés
à eux-mêmes, les empires vieillissent et se démembrent
; si les attaques mettent en danger de mort,
l’isolement tue encore davantage. Or, nous n ’aurons
pas de peine à établir que, malgré les diverses
guerres qu’elle ait eu à soutenir, l’Abyssinie
est restée dans un isolement à peu près
complet : cet isolement a même gagné le pouvoir
politique au sein de la nation, a produit sa faiblesse,
d’où sa chute est suivie. Toute vie est affaire
de réaction : le pouvoir absolu, comme étant
le moins indépendant, est le moins fort. Qu’on
en juge : l’autorité exclusive d’un seul implique,
dans une grande étendue de territoire, la délégation
à plusieurs d’une partie de cette autorité ; de
là une noblesse féodale, qui tend perpétuellement
à rompre le lien qui l’attache au suzerain, et qui
doit finir par aboutir à ce résultat, si la force vive
de l’organisation sociale ne vient pas modifier ce
pouvoir absolu.
La vérification de ce principe nous est fournie
par l’histoire de toutes les nations européennes.
A un pareil pouvoir, la paix paraît plus nuisible
que la guerre; c’est-à-dire que l’attaque
extérieure détermine une cohésion artificielle de
toutes les parties de l’empire menacé ; mais cette
effervescence passée, le suzerain se trouve dans
de plus mauvaises conditions qu’auparavant,
parce que chaque vassal a pris une mesure exacte
de ses forces : aussi voyons-nous que le pouvoir du
roi en Abyssinie fut peut-être plus consolidé pendant
les invasions des mahométans qu’il ne l’avait
jamais été jusque-là.
Il serait toutefois irrationnel de chercher les
causes de l’affaiblissement d’un pouvoir politique
exclusivement dans ce pouvoir lui-même. Par leur
mutuelle sympathie, tous les organes d’une société
concourent à ses modifications ; et une autre
influence non moins grande est celle des relations
internationales. Voyons donc, sous ces deux rapports,
ce qui est arrivé pour l’Abyssinie, et
d abord mettons en parallèle son organisation politique
avec son organisation religieuse. Entre ces
deux points extrêmes j l’Abyssinie puissante,
unie, compacte, vivant sous la forte autorité d’un
seul chef, et l’Abyssinie faible, divisée, morcelée
, végétant sous les tiraillements des roitelets
Il qui se la sont partagée; entre ces deux termes,
qui comprennent un intervalle de plus de quinze
cents ans, un fait non moins capital que la gradation
qui va de l’un à l’autre, c’est la perpétuité de la
foi chrétienne dans une contrée complètement
isolée de ses coreligionnaires : entourés et comprimés
de tout temps par une ceinture de peuples
idolâtres ou infidèles, les Abyssins, pendant
quinze siècles, ont su garder intact leur culte tra