
pays est sans industrie, les marchands sont Iè
canal naturel de tous les objets de luxe qui y
viennent, et les grands n’ont pas d’autre manière
de se les procurer que de les leur acheter
au prix des faveurs que ceux-ci sollicitent.
Cette classe est la mieux vêtue, la plus propre
et la plus active du pays. Dans les grandes caravanes
qu’ils forment régulièrement à quelques
époques de l’année, les marchands se font accompagner
souvent des serviteurs les plus braves et
les mieux disciplinés ; il est vrai qu’ils les paient
b ien , chose à laquelle les soldats ne sont pas accoutumés.
La classe des loulé, ou domestiques, est en
Abyssinie d’une grande importance. Le maître
appelle ses domestiques ses enfants ; il les traite en
effet paternellement, et les fait manger à sa table.
On distingue ceux de l’intérieur et ceux de l’extérieur.
Les premiers remplissent les fonctions de
pages dans leur jeunesse et suivent la fortune de
leur maître dans toutes ses phases. Ils jeûnent
avec lu i, meurent, s’il y a lieu, avec lu i, et absorbent
la plus grande partie de son bien quand
il est riche. Leur exigence monte, en effet, au
niveau de la fortune qui lui arrive : mais il est
juste de dire qu’ils s’associent également aux revers,
et savent, dans l’occasion, supporter stoïquement
la misère. Les domestiques de l’extérieur
sont employés aux travaux durs ; ils font le
service de véritables bêtes de somme, et en éprouvent
quelquefois le traitement.
Il y a plusieurs genres et plusieurs classes de
domestiques femelles : d’abord la cuisinière qui
jouit d’une très-haute considération ; puis la femme
de chambre qui n ’est pas moins intime dans la
maison de ses maîtres. Ces domestiques-là ne vont
pas à pied, mais à mule.
U y a ensuite les porteuses de fardeaux, celles
qui chargent le bois et celles qui portent la bière
et l’hydromel ; mais cette dernière classe de
femmes est vilipendée ; on les appelle bourriques.
Enfin, la dernière classe est celle des esclaves •
on les emploie à porter les fardeaux et à labourer
la terre ; ils sont traités avec douceur ; on ne les
vend jamais, et ils sont généralement affranchis
au bout de quelques années de travail. Il y a plus,
en le» rendant à la liberté, le maître leur donne
aussi de quoi vivre, soit une paire de boeufs et
une charrue, si c’est un agriculteur; soit une
certaine somme, si c’est un marchand ; ou bien
un attirail de guerre, si c’est un soldat.
b est d’une bonne politique, quand un maître
a été satisfait d ’un domestique ou d’un esclave,
qu il cherche à lui créer une position, parce que
toute son influence et sa considération s’augmenteront
de celles que son protégé acquerra.