
Les habitants étaient riches en bestiaux, et le produit
des champs environnants devait être plus que suffisant
pour leur subsistance; cependant ils paraissaient
beaucoup plus étrangers que les chrétiens aux commodités
de la vie, et tout indiquait chez eux l’ignorance
et la superstition les plus grossières.
Le lendemain je descendis dans la plaine d’Aouza,
dont j ’ai déjà parlé ; je pris par les collines d’Amédine
Negoussi, et j’arrivai à quatre heures au village de Den-
guellet. J’y remarquai une espèce de chiens que je
n’avais pas encore vue en Abyssinie : ils ressemblent
assez aux lévriers, mais avec la tête plus large; ils
sont, à ce qu’il paraît, très-courageux, et servent
à la .garde comme à la chasse.
J’allai de Denguellet à Sossoubé Gabia, qui n’est qu’à
une demi-journée de marche d’Atebidera; puis je
traversai de nouveau la plaine d’Aouzienne pour gagner
Oueléle , où je retrouvai une vache et une caisse
que j ’y avais laissées avant de me rendre à Antalo. A
partir de là , je changeai ma direction et marchai directement
au nord. J’arrivai au Oueri, en un point
où il coule sur une roche de schistes ardoisiers; de
l’autre côté de ce fleuve j ’atteignis la chaîne de l’Amba
Saneyti, que je côtoyai pendant environ deux heures;
j ’en commençai l’ascension vers les trois heures
de l’après-midi. Le soleil était couché avant que je
parvinsse au sommet; nos mules de charge, quoique
blessées , arrivèrent presque en même temps que
nous, ce qui me sembla un prodige dans des chemins
aussi difficiles. Je descendis l’Amba Saneyti, et
j ’allai coucher au pied du Semayata. Le lendemain,
dans la journée, je fus de retour à Adoua.
J’y appris la mort de Schaffner. Quoique la lettre
de M. Yignaud m’y eût pour ainsi dire préparé, je
n’en reçus pas moins un coup profond, qui, joint à la
fatigue de ce voyage de près d’un mois, me mit au lit
pour plusieurs jours.
Schaffner était mort le 1T octobre dans la maison
de MM. Feret et Galinier. L’issue fatale de sa dyssen-
terie, qu’il eût en tout cas été impossible de prévoir
si prochaine, était due aux ravages du ténia, pour
lequel il avait constamment refusé de prendre le remède
usité en Abyssinie, ou tout au moins l’écorce de
grenadier, qui est un palliatif, lors même qu’elle ne
guérit pas radicalement.
Aussitôt qu’il eut appris la fin de ce digne et brave
compagnon, M. Vignaud s’était rendu à Entitcho, et
avait recueilli une partie de ses effets : l’autre avait
servi à payer les frais d’enterrement. Il en f it, conjointement
avec M. P e tit, un inventaire, et l’adressa
au consul de Messoah, avec l’avis mortuaire. La malle
avait été également envoyée au consulat.