
fruits acquièrent certain développement, quoiqu’ils
ne parviennent jamais à maturité.
Les principales villes de la province sont : Alo-
guiène, Debra-Abbaye, Dagachaha, Demba-Gouna,
Addi-Abbo. Il s’y trouve de grands marchés.
Le surlendemain, nous allâmes rendre visite à un
rejeton de la famille royale qu’Oubié faisait garder à
vue dans ce camp, en attendant qu’il pût servir à ses
projets contre ras Ali. Il s’appelait Tecla-Gueurguis;
ses traits annonçaient de la finesse et de la distinction,
quoiqu’il fût noir comme un chankalla. C’était un des
hommes les plus lettrés de l’Abyssinie, et il connaissait
mieux l’histoire de son pays qu’aucun des chefs
que j ’eusse vus jusqu’alors.
L’hémorragie du prince ne résista pas à trois ou
quatre jours de traitement; cependant nous résolûmes
de rester encore quelque temps à Addi-Onfito pour y
compléter nos travaux. M. Petit chassait et herborisait
, moi je dessinais le relief du te rra in, je prenais
le relèvement des environs; je fis aussi quelques observations
astronomiques, entre autres celles de deux
éclipses des satellites de Jupiter. Tout à coup, nous
vîmes les mines de nos hôtes se refroidir, et, en même
proportion, diminuer les provisions qu’on avait coutume
de nous octroyer. Sans nous expliquer à ce sujet,
nous allâmes prendre congé du fils d’Oubié, prétextant
son retour à la santé et l’urgence du nôtre à
Adoua. Il fit de grands remerciements à M. Petit et de
vives instances pour nous retenir encore quelques
jours : nous lui dîmes alors que le marché était éloi—
gné, et que n’ayant aucun moyen de faire de la farine
et du pain, force était à nous de refuser son
invitation. Là-dessus grande surprise de sa part : ne
vous a-t-on pas, dit-il, suivant mes ordres, fourni des
vivres pour chaque jour? — Non pas comme il convient
à des gens de notre rang. — C’est la faute du
panetier, je le ferai bâtonner, et désormais vous serez
mieux servis. Nous nous opposâmes a ce mauvais trai
tement, que nous ne voulions pas avoir à nous reprocher,
et nous partîmes sur-le-champ, nonobstant tous
les efforts du dedjas Lemma. Nous prîmes la même
route que pour venir, et deux jours après nous étions
rentrés à Adoua.