
celle de Ras A li, et comme une grande partie de celle-
ci avait pris la fuite dès le commencement de l’action,
elle se trouvait alors beaucoup moins forte en nombre
que les captifs ; de sorte que de crainte d’une révolte,
elle les relâchait successivement après les avoir dépouillés.
Le soir même le Dedjaz Chéto, fils d’Oubié ,
se sauva avec son cheval et ses armes, en compagnie de
sept à huit des siens ; il traversa tout le camp en poussant
son cri de guerre , et dans la surprise causée par
cette audace, personne n’osa s’opposer à son passage.
Jamais désordre n’avait été plus complet dans une
armée victorieuse : ce fut encore pis le lendemain.
Ras Ali étant disparu, on le croyait mort. Pendant
un moment il fut question de tuer Oubié et d’élever
Marso, son frère, à la dignité suprême de Ras, en réunissant
sur sa tête les trois commandements de l’Ama-
rah , du Sémiène et du Tigré. C e lu i-c i, à l’affût de
toutes les occasions, vint dans le Sémiène, où, à l’aide
de sa famille et de ses partisans, il réussit à soulever
une partie de la population en sa faveur. Le Dedjaz
Chéto s’était réfugié dans le pays de Djanamora, dévoué
à son père, et de là il fit répandre une proclamation
pour rassurer les habitants du Sémiène. k Si mon
père succombe, » disait-il, « je suis là pour veiller aux
intérêts du pays et defendre mon héritage. »
Le Dedjaz Beurou Gocho était aussi parvenu à échapper
aux Amareens et a regagner le Godjam; après la
bataille, une foule de mécontents étaient allés le
rejoindre. Son espérance avait toujours été de voir
les deux partis s affaiblir mutuellement, et son in—
tention (de faire tourner le résultat de la lutte à son
profit.
Mais le moins étonné dans celte affaire ne fut pas Ras
Ali, lorsqu’au bout de huit jours il revint comme par
enchantement, sans doute pour se mettre à la discrétion
de son vainqueur ; car, dans sa fuite, des paysans
lui avaient fait tâter des étrivières, ce qui avait pu lui
faire considérer le sort d’un prisonnier comme infiniment
préférable à celui d’un fugitif. Il ne s’attendait pas,
dans tous les cas, à se trouver plus puissant que jamais.
Toutefois ce jeune prince n’abusa pas de son bonheur;
il fit immédiatement délivrer tous les prisonniers, sauf
quelques chefs importants. Il vint ensuite rendre visite à
Oubié et chercha, de la manière la plus courtoise, à le
consoler de sa mauvaise fortune, tandis qu’au contraire,
le chef du Sémiène affectait avec lui un ton méprisant.
Dans la conversation, Ras Ali lui ayant demandé
comment il en aurait usé à son égard s’il eût été
vainqueur. «Je ne t’aurais pas tué, répondit Oubié, »
mais je t’aurais gardé dans les fers jusqu’à la fin de mes
jours ou des tiens. A quoi Ras Ali repartit très-noblement.
« C’est parce que je suis plus clément que toi
« que Dieu m’a donné la victoire. » Dans un autre moment
: il lui demanda quelques fusils, et Oubié répondit
encore avec fierté : « Il ne fallait pas fuir et tu au-
« rais pu en choisir sur le champ de bataille ; d’ailleurs
« je ne suis pas un chef d’arquebusiers pour que tu me
« fasses une pareille demande. «
Malgré cette hauteur, Oubié n’appréhendait pas
moins les suites de sa captivité, et il commença à