
esclaves gallas, l’or, le café, l’ivoire et les cuirs,
prennent la route du Chiré.
Ce pays mammelonné, coupé de ravins et de montagnes,
ne présente aucun vaste plateau.
Mais il est riche, peuplé, fertile et assez bien cultivé
; le miel y abonde ainsi que le theff, d’une qualité
supérieure. 11 se trouve en ce moment sous la
domination de Belata Deresso, le premier ministre
d’Oubié.
Pour être commodément faite par un Européen, la
route d’Adoua à Tchélaltchekqbenné doit se diviser
en quatre journées, dont voici l’itinéraire abrégé :
Première jo u rn é e . — En sortant d’Adoua, on trouvera
la Maye Gouagoua pour côtoyer ensuite pendant
une heure environ la rive gauche de la rivière Assem.
On traverse ensuite la Maye Delata, puis la route
s’avance en serpentant entre le village d’Alméda à
gauche, et l’église du couvent Beit Joannès à droite,
jusqu’au p lateau rouge formé par des couches horizontales
de roches de cette couleur. Situé à 2,200 mètres
au-dessus de la mer, ce plateau peut être considéré
comme le niveau naturel de l’Abyssinie.
Je renonce à décrire la magnificence du spectacle,
qui, de ce point élevé, se déroule devant les regards.
Une plaine ondulée d’une immense étendue étalait à
nos yeux un panorama de mille couleurs borné par les
crêtes de la chaîne de Damo et d’Adoua.
Nous nous sommes alors dirigés en plein vers le sud-
ouest, et quelques minutes après notre descente nous
arrivions au ruisseau d'Adda Gabeur. Ce lieu sert de
station ordinaire aux voyageurs indigènes. La fraîcheur
de l’eau et l’ombrage épais des mimoses le rendent
précieux après une descente aussi rapide ; nous
y trouvâmes de nombreuses traces de feux encore
allumés qui nous servirent à préparer le repas du
matin. L’eau de ce ruisseau passe dans le pays pour
avoir de nombreuses vertus, et notamment celle de
guérir les rhumatismes: aussi les naturels, malheu- Or
eusement trop sujets à ce fléau, viennent-ils de fort
loin pour boire de ces eaux et s’y baigner. Je les ai
analysées avec le plus grand soin, sans y rien trouver
de particulier.
De cet endroit, au village d’Addi-Choumichète, le
meilleur gîte pour la nuit, la distance n’est plus que
de deux heures de marche : nous prîmes donc du
repas à notre aise, et ce ne fut qu’après quatre heures
de halte que nous nous décidâmes à repartir. C’est un
exemple que je te conseille de suivre à l’occasion,
pour éviter les grandes chaleurs du jour.
Bientôt de longues files de naturels, qui se rendaient
au marché d’Adoua, nous annoncèrent l’approche de
notre halte, et après quatre heures et demie de marche
en totalité, nous arrivâmes à la maison du choum.
11 me connaissait déjà, e t, grâce à cette relation
tout établie, l’hospitalité ne se fit pas attendre. Il est
juste de reconnaître cependant qu’elle pouvait passer
pour intéressée ; car, à peine le bruit de notre arrivée
se fut-il répandu dans le village, que nous vîmes accourir
de pauvres malades, sur lesquels l’eau merveilleuse
du ruisseau, dont je te parlais tout à l’heure,
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