
surtout, ces brisures du sol sont si droites, si nettes,
qu’elles laissent, pour ainsi dire, au milieu de larges
ravins, des espèces d’îles inaccessibles. Mais qui pourrait
peindre les horizons bizarres, tourmentés, capricieux
qui en résultent? Des montagnes en table,
figurant par la brusque coupée qui les termine une
muraille en ruines, des pâtés arrondis en forme de
dômes, des pics droits, inclinés, renversés, aussi
pointus que des clochers; des basaltes se développant
comme des orgues grandioses. A voir la manière
dont toutes ces saillies se pénètrent, se heurtent, s’escaladent
les unes les autres, on les prendrait pour
l’ouvrage interrompu des Titans. Dans l’éloignement,
elles se fondent avec les nuages et le ciel dans une
harmonie plus imitative encore : on en a un magnifique
spectacle quand, de la haute chaîne du Lamal-
hou, on contemple la pente septentrionale du plateau ;
si c’est à l’heure surtout où la chute du jour répand
une lueur douteuse sur l’horizon, on jurerait avoir devant
soi une mer orageuse.
Un résultat intéressant de cette nature particulière
du sol en Abyssinie est de donner lieu, suivant les
hauteurs, à différentes températures et à divers climats
: de là une grande variété dans les productions.
Les Abyssins partagent leur pays en Dega3 hautes
terres, K o lla , basses terres, et Ouaïna Dega, terres de
moyenne élévation, divisions qui en représentent assez
bien les caractères tranchés. Les Dega sont comprises
entre 2 600 et 3 600 mètres d’élévation absolue ; les
Ouaïna Dega vont de 2 000 à 2 600 mètres; les Kolla
entre 1 400 et 2 000 mètres.
La région des Dega comprend la partie supérieure
des grandes chaînes et de leurs embranchements,
dont les sommets sont très-souvent formés de plateaux
d’une grande étendue, peu boisés, mais couverts
de prairies et de cultures. La température y varie
de 10° à 12° pendant le jour ; les nuits sont froides;
la végétation herbacée est très-active, et les cretes des
plateaux sont rongées de mousses et de lichens. A
moins de 3 000 mètres on voit la bruyère; à 4 000,
on trouve la gibaroua, cette plante particulière à 1 A-
byssinie, qui ne fleurit qu’une seule fois pour mourir
; poétique infortune qui a suggéré aux Abyssins
une foule de superstitions touchant cette fleur. Mais
l’arbre sans contredit le plus utile de cette région est
le cosso, dont la fleur est un anthelmintique puissant,
et le tronc un bois aussi beau et aussi dur que 1 acajou,
Il ne croît qu’à cette hauteur ; mais encore faut-
il pour prospérer qu’il soit abrité par les cretes.
Les Dega fournissent les plus belles races de chevaux
et de nombreux bestiaux; ils donnent aussi le
mouton à longue laine, qui ne peut s acclimater dans
les régions inférieures. Les habitants récoltent cette
laine et s’en fabriquent des tissus pour leurs vêtements
: les habitants des régions plus basses ne s habillent
qu’aveç des étoffes de coton.
Le pays de Dega comprend les provinces : Agamé,
Atebi, Dessa, Ouodgérate, Doba, Aïna, Ouadela,
Ouello, Choa, Boulga, Haut-Gouraguié, Gomarou,