
Nous partîmes de Messoah sur une barque arabe,
le 1er janvier 1840, à midi. Quatre heures après,
nous atteignions Nocra, dans la rade de Dhalac où
nous avions l’intention de jeter l’ancre ; mais le vent
s’étant élevé, nous en profitâmes pour continuer
notre route pendant la nuit. A la hauteur de Nora,
nous fûmes accostés par le chebek de guerre en station
à Messoah, qui nous apportait des lettres pour
le gouverneur de Djeddah. Le commandant fut plein
de politesse, et, après nous avoir donné du biscuit et
un mouton, il nous proposa de nous présenter au
cheik de l’île. Celui-ci, observateur fidèle de l’hospitalité
arabe, nous reçut avec empressement et nous
retint à dîner. Ce cheik avait quatre-vingt-dix-neuf
ans et son fils soixante-quinze, et comme nous nous
extasiions de les voir encore si robustes, ils nous dirent
que rien n’était plus fréquent, dans leurs îles, que
ces exemples de longévité ; ils nous citèrent même le
cheik de l’une d’elles, dont j’ai oublié le nom, qui
avait cent dix ans.
Le lendemain, de bon matin, après avoir fait de
l’eau (celle de Nora est la meilleure de toute la côte),
nous appareillâmes avec un vent contraire qui fut
assez persistant pour nous tenir six jours en mer,
avant d’arriver à Confoudah. 11 n’y avait dans ce
port, comme à mon premier passage, qu’un très-
petit nombre de bâtiments.
Nous mîmes quatre jours pour aller à Djeddah, et
nous y restâmes une dizaine de jours, tant pour faire
voir la ville aux Abyssins, que pour fréter une autre
barque. Celle-ci jaugeait cent cinquante tonneaux ;
elle avait une vaste dunette où je pus mettre en sûreté
mes collections. Le 24 janvier, vers les six heures du
matin, nous déployâmes notre immense voile latine,
et commençâmes à louvoyer entre les récifs. Nous
courûmes toute cette journée avec un vent d’ouest, et
vînmes jeter l’ancre, le soir, dans la baie d’Oubhoor.
Les jours suivants se modelèrent exactement sur
celui-ci, nous offrant rarement un vent favorable,
et nous obligeant toujours à louvoyer jusqu’au coucher
du soleil, moment où nous amarrions dans une
crique entre les récifs. Le 2 février, nous jetâmes
l’ancre devant Yembo, où nous restâmes deux ou trois
jours pour donner au patron de notre barque le temps
de terminer quelques affaires. Je ne dirai rien ici de
ce p o rt, dont j’aurai plus tard l’occasion de parler en
traitant du commerce de la mer Rouge.
Nous longeâmes encore, pendant quelques jours, la
côte d’Arabie pour traverser le golfe en face de Cos-
séir, où nous arrivâmes le 17. Un assez bon nombre de
barques étaient au mouillage, j ’appris que, la veille,
M. Combes était parti sur un bâtiment de guerre du
pacha pour se rendre à Moka. Je descendis très-malade
de cette abominable navigation de la mer Rouge ;
et le désert qui sépare Cosséir de Kéné fut peu propre
à me rendre la santé. A Kéné, nous louâmes une
barque qui, pour 1 000 piastres, devait nous conduire
jusqu’à Latfé, à l’embranchement du canal Mamou-
dié, et je voulus m’embarquer sur-le-champ pour ne
pas allonger notre voyage, bien que j ’eusse à peine la