
pour arriver à Arkiko. Les fils du naïb vinrent à notre
rencontre et nous prièrent de nous arrêter chez eux
pour laisser passer la chaleur du jour. Nous acquiesçâmes
d’autant plus volontiers à cette proposition
qu’elle paraissait tout à fait du goût de nos gens, et
que la température devait être intolérable en plein air,
à en juger par les 45° que marquait notre thermomètre
dans une maison recouverte en paille. Le terrain
sablonneux de la côte réfracte les rayons du soleil
avec une force qui rend très-pénible la marche de jour.
L’oeil n’y découvre d’autre végétation que quelques acacias
rabougris qu i, en encombrant le passage, ajoutent
encore aux difficultés de la route.
Le naïb à qui nous allâmes rendre visite avant de
quitter ses États, nous engagea à prendre la route de
Dixan de préférence à celle d’Halaye, qui cependant
est la plus courte. Décidés à explorer l’Abyssinie entière
, il nous était indifférent de l’aborder par tel ou
tel chemin; mais les récits des voyageurs qui nous
avaient précédés m’avaient si défavorablement prévenu
contre le naïb, que son avis me fit prendre la
détermination opposée ; et nous partîmes pour Halaye,
dans la direction du sud. Nous marchâmes pendant
la nuit, et au lever du soleil nous nous arrêtâmes à
Ouéia, que la plupart des voyageurs ont décrit comme
un site enchanteur. 11 est probable que la chaleur insupportable
du soleil, l’aridité brûlante du sol, et les
fatigues de la route les avaient rendus peu difficiles en
fait de paysages, car l’oasis d’Ouéia se compose d’un
bouquet de palmiers, d’un peu de gazon à moitié brûlé,
et d’une source d’eau saumâtre. Ajoutons que ces magnificences
ont pour cadre une vallée bordée de montagnes
schisteuses et stériles, où rien n’atteste le passage
de l’homme.
Aussitôt que la grande chaleur fut passée, nous nous
remîmes en route et nous vînmes bivouaquer le soir
à Hamhamo, prenant soin d’allumer de grands feux
pour écarter les bêtes féroces dont cet endroit est peuplé.
C’est ici que commencent les gorges formées par
les arêtes du plateau éthiopien. A partir de ce point,
la route frayée suit le lit d’un torrent rafraîchi par
quelques filets d’eau qui ne tarissent jamais ; la température
devient alors supportable, mais la nature du
sol et sa pente embarrassent la marche. Il ne nous fallut
pas moins de trois jours pour atteindre Toubbo,
la dernière station avant d’arriver au pied du Tarenta.
Comme nos guides persistaient alors à nous faire
passer par Dixan, et non pas par Halaye, j engageai
mes compagnons à m’attendre avec les bagages, tandis
que je les précéderais pour me renseigner sur les qualités
respectives de ces deux routes.
Je m’avançai donc au milieu de ces gorges entre
croisées , labyrinthe bien fait pour égarer le
voyageur. Au sein de ces vastes solitudes dont le
morne silence n’était interrompu que par la voix
criarde de bandes de singes qui s’enfuyaient à mon
approche, j’éprouvai une impression indéfinissable;
je me sentais là comme écrasé par la grandeur de la nature,
et je me pris à me regarder moi-même, parcourant
ces lieux sauvages, sous la conduite d’un noir