
tranquille possesseur. Du fond de sa retraite, Marso
lui suscite des ennemis parmi les chefs voisins. Oubié
brouille les u n s , défait les autres, et termine la campagne
par une alliance avec le ras Imame ; il se joint à
lui pour combattre le dedjaz Imarou et le dedjaz Gocho,
qui s étaient révoltés. Le dedjaz Imarou est tué dans
une bataille livrée près d’Amidamit, et Oubié retourne
dans le Semiène. Peu de temps après, le ras
Imame meurt de la petite vérole, et laisse le commandement
à son frère Marié. Celui-ci, à l’instigation
d Aligas Farès, frère d’Oizoro Iroute, se brouille avec
Oubié, et envoie une armée pour ravager la province
du Ouoguéra. Le chef du Semiène accourt en toute
hate, et, après avoir combattu avec valeur et fait quelques
prisonniers de distinction, il est obligé de céder
devant des forces supérieures, et se réfugie dans les
montagnes inaccessibles du Bou-ahit. C’est alors que Sé-
bagadis, qui commandait dans le Tigré, forme avec
lui une alliance offensive contre le ras Marié. D’après
le plan de campagne convenu, les troupes tigréennes
entreront dans les domaines du ras par le Lasta, tandis
que celles du Semiène attaqueront par la province
du Ouoguéra. Oubié, confiant dans les promesses de
son allié, s’avance vers Debra-Tabor; de son côté
le ras Marié se porte vers le Lasta, au-devant de Séba-
gadis qu’il croit avoir à combattre. Mais les vues de
celui-ci étaient tout autre s, et il connaissait trop bien
Oubié pour lui faire la partie aussi belle. Sébagadis
ambitionnant le titre de r a s , ne voulait que rendre
irréconciliables les deux hommes qui, seuls, pouvaient
lui faire obstacle; aussi, à peine se trouva-t-il en
présence de Marié qu’il fit des propositions de paix
à l’exclusion de son allié. Elles furent acceptées.
Oubié, surpris par cette trahison, attendant en vain la
coopération de Sébagadis, fut battu par les troupes du
ras et contraint de se réfugier dans les positions inexpugnables
du Semiène.
Quelque temps après Marié retourna à Debra Tabor,
et une révolte éclata dans le Ouolkaïte. Pendant
qu’Oubié était occupé à la comprimer, Sébagadis
entra dans le Semiène et le ravagea. Oubié saisit cette
occasion de se rapprocher de Marié, et usant des
mêmes armes dont s’était servi son adversaire, il conclut
avec le ras une alliance offensive et défensive,
en vertu de laquelle celui-ci vint à son secours. Une
fois réu n is, les coalisés s’avancèrent à la rencontre
de Sébagadis, dont les forces étaient considérables.
Bientôt les deux armées ne furent séparées que par
le Taccazé. Il s’agissait de passer ce fleuve, tout
encaissé qu’il est dans un ravin abrupt : à cet égard,
l’armée de Sébagadis, pauvre en cavalerie, avait l’avantage
sur celle des alliés, qui en comptait une nombreuse.
Mais Oubié, par une manoeuvre habile, opère une
contre-marche, trompe l’ennemi, traverse le fleuve, et
coupe l’armée de son adversaire en développant tout à
coup dans la plaine du Chiré ses redoutables cavaliers
gallas. Sébagadis, qui s’était porté en aval, revient en
toute hâte sur ses pas, et une lutte opiniâtre s’engage.
La victoire était encore indécise, lorsqu’un événement