
qui occupent l’espace compris entre la mer Rouge
et les hautes terres, et qui, à la frontière, prennent
les noms de Taltal, Clioho, Habab. Son
voisinage des côtes met entre ses mains la plus
grande partie du commerce de l’Abyssinie ; il
porte ses principales vues d’agrandissement sur
l’Amarah, gouverné par Ras-Ali. Ce jeune chef,
au contraire, d’un caractère doux et facile, se
laisse dominer par le caractère hautain de sa mère,
Oisoro-Ménen, et résiste faiblement aux exigences
de ses courtisans. Il commande cependant au
peuple le plus nombreux et le plus brave ; il est
le mieux pourvu en cavalerie , ce qui devrait lui
donner un avantage sur Oubié, qui n ’en peut
entretenir aucune dans ses terrains montagneux.
Les provinces de Béguémedeur, Dembéa, God-
jam, Ouollo, Lasta, Agâomédeur, reconnaissent
l’autorité de Ras-Ali. Sahalé-Sallassé, qui possède
le Choa et l’Ifate, s’étend chaque jour vers le sud
chez les Gallas, qu’il convertit au fur et à mesure
au christianisme.
La politique de ce chef se sépare de celle de ses
deux voisins, et vise à garder la neutralité : la conquête
des Gallas suffit d’ailleurs à l’activité Oeuerrière
de son peuple.
Pour conclure enfin , la réinstallation d’un unique
pouvoir sur toute l’étendue de ce vaste et
magnifique pays, nous semble la condition sine
qua non d’un développement commercial important.
Nous avons cité Oubié comme l’homme le
plus capable d’accomplir cette tâche ; mais il faut
qu’il y soit aidé, car elle dépasse de beaucoup
ses moyens d’action. Oubié voudrait créer une
civilisation nouvelle dans sa patrie par le contact
plus étendu avec les Européens ; il ne demande
pas mieux que de nouer une alliance avec quiconque
la lui offrirait : et certes, les immenses
richesses du sol abyssin, indépendamment des
motifs politiques qui peuvent décider un État
européen à accepter cette alliance, sont bien faites
pour en inspirer le désir. Dans le rapport commercial
que j’adressais au ministre, j ’ai donné un
tableau des productions abyssines; à l’égard des
considérations politiques qui se rattachent au projet
d’alliance que j ’avais formé entre le chef Oubié et
mon pays, on les trouvera exposées au long dans
la partie de la narration où il est question du
commerce. Dans le cours de cette même narration,
j’aurai lieu de revenir plusieurs fois sur les idées
générales émises dans cette introduction, et de
les compléter par quelques détails.