
qui devait être favorable à Sébagadis, tourna contre
lui, par la présence d’esprit d’Oubié : le ras Marié est
frappé d’une balle pendant le combat ; aussitôt le chef
du Semiène ordonne qu’on l’attache expirant sur sa
mule, et que l’on continue de tenir sur sa tête le dai,
insigne de la dignité suprême; puis voyant que les
soldats de Sébagadis, embusqués dans les fourrés, faisaient
une mousqueterie meurtrière, il ordonne un
mouvement rétrograde. Les Tigréens, s’imaginant être
vainqueurs, quittent leur position et se précipitent en
rase campagne à la poursuite de leurs ennemis. C’est
alors qu’Oubié fait charger sa cavalerie gallaqui massacre
sans pitié tout ce qu’elle peut atteindre. Le sort
de la journée est décidé. Sébagadis se défend en héros,
mais bientôt reconnu et accablé par le nombre, il est
fait prisonnier et confié à la garde d’Oubié.
Le soir, les parents du ras Marié vinrent demander
qu on le leur livrât, pour prendre la vengeance du
sang. Un homme moins politique ou plus généreux
qu’Oubié aurait refusé avec indignation de livrer son
prisonnier, mais il comprenait trop bien ses intérêts
pour négliger une telle occasion de se débarrasser
d un ennemi redoutable, tout en paraissant céder à la
nécessité. Le lendemain Sébagadis fut tué à coups de
lance, et reçut la mort avec ce courage héroïque qui
1 avait distingué dans toute sa carrière.
Cette bataille décisive avait coûté la vie aux deux
généraux en chef. Le lendemain on commença par
elever Dori, le plus proche parent du ras Marié, à la
dignité de ras, et celui-ci donna à Oubié le commandement
du Tigré. Puis l’armée galla reprit en désordre
la route de ses foyers, poursuivie par les malédictions
et les attaques des populations conquises.
Resté seul dans le Tigré avec très-peu de troupes,
au milieu d’une population irritée, la situation d’Oubié
devint fort critique. Tout à coup il répand le bruit
d’une expédition sur l’Haramat, et en presse avec vigueur
les préparatifs, puis quand il voit l’attention
générale portée de ce côté, il lève subitement son
camp, passe le Taccazé et vient s’établir dans le Semiène,
où il reste un an , occupé à réorganiser son
armée, et à ourdir sous main de secrètes intelligences
avec les divers chefs du Tigré.
Pendant ce temps les fils de Sébagadis disputent
les lambeaux de l’héritage paternel à leurs généraux
révoltés. Cassaye, l’un de ces fils, prend enfin le
dessus ; alors Oubié qui était resté en apparence
simple spectateur de la lutte, mais qui en réalité
avait employé ce temps à se ménager des appuis dans
le Tigré et à réorganiser une puissante armée, marche
contre le vainqueur, le défait, lui impose son alliance,
et lui donne en retour un commandement et sa fille en
mariage; puis il rentre dans le Semiène comme l’aigle
dans son aire ; aussitôt Cassaye secoue le jo u g , et les
choses en étaient là à notre arrivée : Oubié tenait
traqué le rebelle tigréen dans sa forteresse d’Àm-
baloule.
Tel est un court résumé des faits qui jusque-là avaient
marqué l’existence de ce chef, et qui témoignent suffisamment
de son habileté. Nous nous sommes abstenus