
avec une grande prestesse aux branches des coraux;
en un clin d oeil la barque se trouva assujettie de manière
à n’inspirer aucune crainte. Cet endroit était
assez resserré pour qu’une autre barque n’eût pas
trouvé place à côté de la nôtre. La plage était éloignée
d’environ un mille; elle paraissait dépourvue de
toute végétation, à l’exception de forts arbustes d’une
espèce particulière à la mer Rouge disposés en bouquets
de verdure que broutaient mélancoliquement quelques
chameaux.
Le lendemain nous gagnâmes le village de Lite. La
rade en est assez bonne pour de petites barques ; les
caboteurs ne manquent jamais de s’y arrêter pour faire
de 1 e a u , qui est assez abondante, quoique saumâtre :
on va la chercher en certains puits qui sont à deux
lieues de la côte. Le village est à une lieue et demie
du mouillage ; il peut contenir deux mille habitants.
Son bazar est assez bien fourni, et il y vient des
Arabes de l’intérieur. J’entrai dans un café pour lier
conversation avec quelques-uns d’entre eux, mais
aussitôt que je voulus en obtenir des renseignements,
ils manifestèrent une défiance soupçonneuse qui ne
me permit point d’en rien tirer. Le commerce de cette
ville consiste principalement en guinées, espèce de
toiles bleues ou rouges de l’Inde; elle donne en échange
la feuille de séné, qui trouve un grand écoulement par
l’Égypte.
Pour aller de Lite a Confoudah, nous mîmes deux
jours. Cette dernière ville est une des plus considérables
de la côte ; son importance avait surtout grandi
depuis l’occupation de Méhémet Ali, qui y avait placé
un camp, et ce port recevait alors toutes les expéditions
de la province de l’Assir.
La ville est entourée de murailles ; ses maisons sont
mal bâties ; sa populationest d’environ six mille âmes.
On va en deux jours de Confoudah aux pays des hautes
terres, dont les habitants apportent tous les samedis
leurs fruits à un marché voisin de la ville. J’achetai
moi-même à ce marché des poires et du raisin ; suivant
les saisons, on y trouve plusieurs autres espèces
de fruits. Cette facilité de communication de Confoudah
avec les hautes terres pourrait encore augmenter son
importance, si sa rade était plus profonde, mais les
chameaux employés à charger les marchandises à bord
des barques sont obligés de faire un long trajet dans
l’eau jusqu’au poitrail.
A partir de Confoudah, on trouve des vents variables;
notre navigation s’en ressentit, car chaque soir nous
étions obligés de mouiller le long du rivage dans des
endroits où il n’y avait point d’habitations. Arrivés par
le travers d’un hameau nommé Naoud, nous sortîmes
enfin des récifs pour prendre la pleine mer [par un
canal fort étroit, et nous mîmes en mesure de traverser
le golfe en face de l’archipel d’Halac.
Au coucher du soleil le quartier-maître frappa sur
le grand mât en invoquant Mahomet, et les matelots
répétèrent la prière; puis il prit une espèce d’écuelle
contenant une aiguille magnétique toute rouillée, qu’il
se mit à gratter précieusement avec son couteau ; il
l’agita ensuite pour la faire tourner sur son pivot, et la