
En outre des chefs de provinces, de districts et
de villages, qui mènent avec eux leurs hommes à
l’armée, il existe aussi des chefs de bande, des espèces
de condottieri, qui vendent leurs services
aux divers princes belligérants. Mais le noyau
d’une armée, ce qui fait surtout la force d’un
chef, parce qu’il y trouve un point d’appui pour
maintenir sa suprématie sur ses subordonnés,
c’est un certain nombre de divisions commandées
par des créatures à lui, qui font partie de sa maison,
et sont toujours sous ses yeux. Ces divisions
s’appellent tchefra. Les soldats qui les composent
reçoivent leur paie du général même, et disent relever
de lui seul, et non des officiers qui les commandent
: ce qui est le contraire des autres soldats,
toujours plutôt prêts à obéir à leur commandant
immédiat qu’au général.
Dans l’état actuel de l’Abyssinie, il est très-
facile d’y recruter des soldats; chaque seigneur
est assailli de gens qui demandent à prendre du
service, et cette facilité est cause qu’il ne donne
le plus souvent à sa troupe d’autre paie que le
butin.
Quand un chef veut rassembler son armée,
il fait battre les timbales sur tous les marchés,
et y annoncer qu’à tel jour, les troupes
aient à se trouver en un point de réunion indiqué.
La solde d’un simple soldat ne dépasse guère la
valeur de 25 francs par an ; on le nourrit en lui
assignant sur un district un certain nombre de
mesures de grain qu’il va prélever lui-même, après
qu’avis en a été donné au gouverneur du pays,
qui a ordre de le diriger vers la maison chargée
de lui fournir sa provende. Lorsqu’un soldat a
servi pendant longues années et qu’il s’est distingué,
sa récompense est le commandement d’un
village ou d’un district, suivant ses mérites ; mais
quand un homme en faveur auprès du maître
peut, en outre, lui offrir un cadeau à sa convenance
, il a beaucoup plus de chances d’obtenir
le gouvernement qu’il désire. Rien de plus
simple dans la forme que ces espèces de marchés
, et celui qui veut le conclure ne se gêne
nullement pour en poser nettement, ouvertement,
les termes.
Les troupes éthiopiennes se composent de trois
corps de combattants : 1° celui des cavaliers, qui
sont armés de deux javelots, d’un sabre et d’un
bouclier, chacun ayant sous lui un piéton chargé
de ramasser son javelot ; 2° les fusiliers, armés presque
tous de fusils à mèche, qu’on préfère dans ce
pays aux fusils à pierre : ils doivent eux-mêmes
fabriquer leur poudre, et nul ne s’occupe de leur
fournir des munitions ; 3° les piétons, armés de
javelots et de sabres courbes, en forme de faux.