
cheminant, je me suis trouvé en face de l’île de Mètraha.
Mes gens ont hêlé une pirogue, qui est venue nous
prendre, et quelques instants après nous étions chez
un ancien empereur, l’atié Zorobabel. Nous n ’eûmes
qu’à nous louer de son accueil, et il nous servit lui-
même de guide pour visiter une église bâtie pair les
Portugais ; j’y trouvai plusieurs tableaux apportés par
les jésuites, et qui font l’admiration des Abyssins, sans
que pour cela ils se soient jamais attaches a les copier.
Nous ne mîmes pas un long temps à parcourir l’île,
qui n’est guère plus grande que celle de Messoah,
mais qui est bien différente d’aspect; car autant celle-ci
est nue et stérile, autant Métraha est riante et pleine
d’une végétation vigoureuse, ce qu’explique d’ailleurs
un sol volcanique fertilisé par le limon du lac.
C’est avec les joncs qui croissent sur les bords de
l’île que l’on construit les pirogues dont je t’envoie ici
le dessin. Ces joncs sont d’abord mis à sécher, puis on
les lie ensemble de manière à obtenir la forme d’une
nacelle ; l’eau qui les fait 'gonfler ferme tous les interstices
, de sorte qu’en quelques instants ils deviennent
imperméables; cependant, e t c est là le
revers de la médaille, ces esquifs ne durent pas plus
de quinze jours, car au bout de ce temps le jonc est
pourri.
Après avoir herborisé, le dernier acte de mon séjour
dans l’île fut une partie d’échecs avec l’atié Zorobabel,
puis je m’en retournai à Gondar. 3 avais été étonné
de rencontrer là plusieurs personnes ayant la tete à
moitié rasée, et j’en demandai la cause : on me répondit
que c’était un signe de deuil pour la mort d’un proche
parent : tu sais que dans ce cas on est aussi dans l’habitude
de se déchirer les tempes : quelques femmes
d’Amarah ont en outre coutume de porter un vêtement
jaune.
Je borne là les renseignements de cette première
lettre, car j ’ai d’autres amis en France qui attendent
aussi quelques pages sur l’Abyssinie, et je dois proportionner
la part de chacun au temps que me laissent
mes herborisations. Dans quelques jours je t ’enverrai
mon second numéro, et j ’espère pouvoir te dire quelque
chose sur la frontière septentrionale du plateau
éthiopien, qui me paraît être à peu près inconnue
jusqu’à présent.
J’ai appris qu’Angélo était à Adoua, et qu’il avait
fidèlement accompli sa mission en Égypte.
J’espère que tu nous reviendras bientôt, pour que
nos travaux reprennent leur ensemble et que nous
soyons en mesure le plus tôt possible de retourner
vers la patrie.
II.
‘Gondar, 3 mars 1840.
M o n c h e r L e f e b v r e ,
Pour compléter les données de ma première lettre
sur les populations hétérogènes de la terrasse éthio