
froids des hautes terres ; aussi la végétation y est-elle
très-active. Nous traversâmes ensuite un bois appelé
Dourguerare, qui contient, entre autres variétés
d’arbres, une espèce très-nombreuse de jasmin dont
tous les sentiers étaient parfumés. Bientôt nous nous
élevâmes davantage encore, et par des chemins très-
difficiles , surtout pour les animaux. On prétend que
pendant la saison des pluies il périt ici un très-grand
nombre de voyageurs.
Après avoir dépassé le Dourguerare, nous marchâmes
dans un pays très-accidenté et surmonté de
mamelons, dont les sommets ont le plus souvent forme
d’aiguilles comme les obélisques égyptiens, ou quelquefois
ressemblent à des blocs superposés ainsi que
les monuments druidiques. En nous approchant de
Maye Talô, les terrains étaient de plus enplusmontueux,
et l’arbre dont la fleur sert de remède au Ténia, le
Cosso, devenait très-fréquent.
A quatre heures enfin nous arrivâmes en vue du
camp. 11 paraît qu’Oubié était fort impatient de recevoir
notre visite, c a r un messager vint de sa part nous
presser, juste au moment où nous réparions le désordre
de nos vêtements pour nous présenter devant lui.
Nous dépassâmes rapidement toutes les cahutes qui
nous séparaient de la demeure princière, et nous
entrâmes dans une vaste enceinte fermée de palissades.
C’est là , qu’entre plusieurs maisons rondes
à toits coniques, se trouvait celle d’Oubié : il nous
y attendait, entouré de toute sa cour, magnifiquement
parée pour cette circonstance. Tout le luxe de cette
royauté sauvage avait été déployé pour nous recevoir,
et il en résultait un tableau d’une certaine grandeur, qui
ne laissait pas de faire impression. La chambre était richement
tapissée ; le trône d’Oubié était lui-même recouvert
de drap écarlate, avec des coussins de soie cramoisie.
Les vieux ministres étaient assis par terre, aux
pieds de leur maître, vêtus de leurs robes desoie brodée,
à fourrures garnies d’or et d’argent ; et de chaque côté du
trône, en arrière des ministres, deux files d’officiers se
tenaient debout avec leur tunique rabattue autour des
reins, et le sabre au côté.
A notre arrivée, un profond silence s’établit pour
écouter le petit discours que je fis à Oubié, qui me répondit
très-gracieusement, et m’invita à aller prendre
un peu de repos, après toutefois que je lui aurais présenté
les personnes qui m’avaient accompagné.
On nous donna pour logement la maison du Dedjaz
Cheto, c’est-à-dire une des plus spacieuses et des plus
commodes du camp; et, pour souper, on nous octroya
une vache, un ihouton et une grande provision de pain,
de bière et d’hydromel. L’accueil d’Oubié s’annoncait
sous les meilleurs auspices.
Le lendemain, il était occupé avec des ambassadeurs
de Ras Ali, et ne put nous recevoir. Nous fîmes une
excursion sur le bord du plateau, d’où nous pouvions
apercevoir le Lamalmon et toutes les basses terres qui
appartiennent au Telemte, au Oualdeubba etauOuol-
kaïte. Quoique ces terres fussent elles-mêmes assez
accidentées, elles ne paraissaient, dù point où nous
étions, que comme des ondulations du sol.