
C est au village d’Aïlate que rues collègues m’avaient
donné rendez-vous; à quatre heures du soir
nous en étions très-proches, mais ma mule n’en pouvait
plus de fatigue, et se refusa à aller plus loin. J’acceptai
l’hospitalité que nous offrit un camp de Chohos :
il se composait d’environ mille cahutes disposées en
cercle sur quatre rangs ; deux portes seulement donnaient
accès dans l’enceinte circulaire ainsi formée;
on les laissait ouvertes pendant le jo u r, mais elles
devaient être fermées à la tombée de la nuit, après
la rentrée des troupeaux.
Nous vîmes très-peu de femmes sortir des cabanes,
encore se voilaient-elles à notre aspect. En général leur
costume se composait d’une jupe de cuir garnie de coquillages
et d’un grand voile bleu, qu’elles drapaient à
l’antique en le faisant descendre jusqu’à la hauteur
des jarrets. Nombre d’entre elles filaient de la laine,
dont le principal usage est de leur faire des couvertures
lorsqu’elles montent sur les hautes terres.
Vers six heures du soir les troupeaux commencèrent
à rentrer ; les bergers manifestaient leur gaieté
par des danses et des bonds prodigieux, que j ’admirai
d’autant plus qu’il faisait excessivement chaud. A sept
heures, tous les troupeaux se trouvèrent dans l’enceinte
du camp, et les portes furent fermées ; une
garde fut apostée autour de grands feux qu’on entretint
toute la nuit. A huit heures seulement on commença
à traire, et chacun des chefs du camp s’empressa
de nous envoyer une jatte de lait.
Le lendemain, 7 février, nous atteignîmes Aïlate
en une heure de marche. Je me fis immédiatement
conduire dans la maison où logeaient MM. Petit et Vi-
gnaud; c’était celle d’un chef auquel mes collègues
avaient été recommandés par le naïb d’Arkiko : elle
était bâtie de branchages dont les interstices se trou
vaient comblés avec de la paille, et avait forme de
rectangle de vingt-cinq pieds de long sur dix de large.
L’intérieur était divisé en deux compartiments , dont
l’un destiné aux femmes. Celles-ci ne se montraient
pas à nous ; mais ceux de nos domestiques qu’on regardait
encore comme des enfants, étaient plus favorisés.
Lorsque j ’arrivai, MM. Petit et Vignaud étaient
absents ; ils ne tardèrent pas à être de retour. Nous donnâmes
quelques instants au plaisir de nous revoir, et
après avoir tenu conseil sur ce qu’il y avait à faire dans
notre situation, nous résolûmes de partir le lendemain
pour Messoah, afin de congédier Angélo et de rentrer
aussitôt en Abyssinie.
J’employai le reste de la journée à prendre quelques
renseignements géographiques et à visiter des sources
d’eaux chaudes situées à quatre milles au S. S. 0 .
d’Aïlate. Ces sources, dont la température est de 56°,
jaillissent par quatre orifices, éloignés l’un de l’autre
d’environ un mètre, entre des schistes talqueux traversés
par des filons de quartz blanc et de feldspath
rose. Ces mêmes schistes sont aussi coupés par un filon
de roche basaltique.