
odeur auprès du maître, il craignit justement que ce
dernier exploit ne comblât la mesure de sa défaveur,
et, pour en avoir le coeur n e t, il recommanda à
son messager d’épier les physionomies et de sonder
les dispositions. 11 paraît qu’il n’eut pas lieu d’être
satisfait des remarques de l’ambassadeur, car c’est
à la suite de cette démarche qu’était survenue sa
levée de boucliers. Néanmoins la faiblesse de son
armée lui faisait une loi de ne pas s’exposer en rase
campagne contre le chef du Serniène, et, tout en
appelant ses partisans aux armes, il se réfugia sur
son Amba ’. Dès qu’il en fut instruit, Oubié le fit déclarer
à son de trompe félon et traître, et détacha le
général Enguéda, un de ses fitaoari, avec un corps
d’armée considérable, pour l’assiéger.'Lui-même avait
quitté le Semiène et se repliait vers Adoua, sur laquelle
il pouvait craindre quelque coup de main.
Ceux qui nous avaient apporté ces nouvelles nous
engagèrent à nous tenir sur nos gardes : mais deux
jours après nous acquîmes la conviction que Guébra
Raphaël, loin de nous vouloir du mal, avait au contraire
fort à coeur d’être du nombre de nos amis;.car
nous eûmes la visite d’un envoyé qui, nous saluant de sa
part, nous pria de ne pas mettre à la disposition de son
ennemi la puissance de nos machines de guerre. Oubié
avait en effet habilement répandu le bruit, accueilli
sans difficulté, qu’il n’y avait si grosse montagne qui
pût tenir contre les pièces d’artifice de Schaffner.
* Forteresse naturelle.
Nous étions parvenus à la fin du mois de mai, et
déjà la saison des pluies s’annoncait par de fréquents
orages ; le moment d’entreprendre une longue excursion
était donc passé ; d’ailleurs je prévoyais que
l’entier rétablissement de M. Petit nous forcerait encore
à faire un assez long séjour dans le Tigré. Je songeai
à mettre le temps à profit en faisant une étude approfondie
de cette province, et je partis avec M. Vignaud
pour aller, à mon tour, explorer les bords du Mareb;
mais, dans la saison où nous étions, il n’y avait, poür
ainsi dire, rien à craindre des périls qui avaient frappé
mes amis.
Les Abyssins font volontiers trêve à leurs occupations
pour s’occuper des affaires d’autrui. En sortant
de la ville, nous nous étions arrêtés sur les bords de
l’Assem : quelques commères arrivèrent pour puiser
de l’eau, et ne manquèrent pas de s’enquérir du
sujet et du but de notre voyage : bientôt toute la ville
d’Adoua su t, par leurs bouches, que les Francs
insensés retournaient au Mareb pour y périr, et faire
périr avec eux leurs braves serviteurs. La nouvelle
dut, pendant quelques jours, défrayer la conversation
de mainte veillée; mais on pense bien que c’était la
dernière considération qui pût nous retenir.
L’Assem baigne le pied d’une des trois collines sur
lesquelles est bâtie Adoua, et se jette dans le Ouéri
après un cours de sept à huit lieues au S. E. En certains
endroits ce ruisseau est assez profond ; à deux
cents pas, à l’est de la ville, les enfants peuvent s’y baigner.
Pendant la saison des pluies, il grossit au point