
notre hole s excusa de ne pouvoir nous offrir un logement
dans sa maison, et nous pria d’en accepter un chez
son belatingueta ou majordome, dont l’habitation, assez
voisine, était située sur une colline escarpée qui en faisait
une véritable forteresse. Le son des cornemuses et
des clarinettes qui arrivait jusqu’à nous ne nous donna
aucune tentation de nous mêler aux danses des Abyssins;
harassés comme nous l’étions des fatigues de la
journée, nous n’étions possédés que d’un seul désir,
celui d’aller nous coucher.
Le lendemain matin nous allâmes rendre visite à
Ato Akilas. Il nous retint à déjeuner et fit apporter plusieurs
jarres de bière pour nos gens, qui étaient libres,
en outre, de se mêler au festin général commencé dès
la pointe du jour, au bruit des violons, trompettes et
chants de baladins ; depuis lors ce festin était en permanence
et ouvert à tout venant : on y voyait affluer
tous les pauvres de la province. Bientôt la foule des
convives devint si grande que les tables n’y purent
plus suffire, et qu’on fut obligé de les faire manger par
fournées : ceux qui étaient rassasiés se levaient pour
faire place à de nouveaux affamés, et allaient s’accroupir
le long de la muraille, où on leur servait à boire. Là,
je remarquai qu’ils ne cédaient jamais leur place, et
s’y tenaient au contraire comme cloués. J’étais d’abord
fort intrigué de savoir comment des individus qui absorbaient
la bière et l’hydromel avec cette effrayante
avidité, ne finissaient pas par s’emplir jusqu’aux bords,
ou, tout au moins, n’étaient pas forcés de s’absenter de
temps à autre ; je m’aperçus bientôt que chaque convive,
s’abritant de sa toge, pratiquait adroitement un trou
dans le sol, et le tonneau des Danaïdes me fut expliqué.
Quand la foule fut devenue trop compacte, de
manière à empêcher la circulation des femmes de service,
il fallut l’intervention d’un huissier précédé d’un
bâtonnier, lequel ouvrait le passage à coups de bâton,
en ayant soin toutefois de faire une distinction entre
les épaules nobles et celles qui ne l’étaient point.
Sur le soir, le fiancé fut introduit, entouré d’un
grand nombre de cavaliers et de serviteurs armés de
pied en cap.
Dans la salle, ou adérache, on le fit asseoir sur un
alga, et on lui servit à boire et à manger; puis son .garçon
d’honneur allaprendre la future chez sa mère, et la
conduisit au bas de la colline, dans une plaine où les
cavaliers pouvaient déployer leur adresse. La laissant
à la garde de ses serviteurs, il revint chercher le fiancé
avec qui toute l’assemblée se leva et se porta au-
devant de la jeune fille : celle-ci était assise et regardait
les jeux. Les cavaliers arrivèrent au galop devant
elle et commencèrent aussitôt quelques passes d’une
grâce toute particulière, que les Arabes connaissent
sous le nom de d je r id , et qui consiste à se jeter une
baguette en se poursuivant : un cavalier adroit doit
parer avec son bouclier et ne jamais laisser atteindre ni
lui ni son cheval. Les danses vinrent ensuite ; après une
demi-heure de ces exercices, la fiancée fut reconduite
auprès de sa mère, et nous rentrâmes avec le futur
dans la salle du festin. Le voyant s’asseoir, je crus que
les cérémonies étaient finies pour ce jour-là, et j’allais