
frent à l’oeil d’autre végétation que celle des déserts.
L’eau y est plus que rare; celle des puits voisins de
la côte est presque toujours saumâtre, et ce n’est
qu’au delà de la ligne du soulèvement qu’on peut
trouver de l’eau douce. Si nous ajoutons que ces basses
terres sont habitées par des tribus nomades qui ne se
font défaut ni de violences ni de rapines, on comprendra
combien sont difficiles et dangereux les abords
de l’Abyssinie du côté de la mer Rouge. Il est même
exaet de dire qu’une seule voie est praticable pour
les étrangers, celle qui s’ouvre par le port de Mes-
soah et lçs cols duTarenta et d’AyeDeresso. Naguère,
les habitants d’Adulis abordaient par la vallée de Kou-
moile et le col de Zartalemo ; mais aujourd’hui il n’y
a qu’un voyageur muni d’une escorte du Naïb qui
puisse prendre cette route.
A mesure qu’on s’élève sur la terrasse abyssine, la
physionomie du pays change ainsi que le climat, qui
devient de plus en plus tempéré : on y monte par des
vallées successives que forment une chaîne de monticules
au bord de chaque ravin avec les flancs du
gradin supérieur. Cette disposition de rampes superposées
et taillées en bords à pic n’est pas du reste
particulière à la limite du plateau, et peut etre remarquée
dans toute son étendue. Le sol d’Abyssinie
porte généralement l’empreinte d’une forte action volcanique,
aussi y rencontre-t-on tous les accidents de
terrain possibles, la large vallée, l’étroite gorge, le
profond ravin ; ic i, une plaine doucement ondulée
qu’interrompt brutalement un précipice vertigineux,
et qui lui-même conduit à quelque fertile vallon; là,
le fleuve mugissant, prisonnier follement irrité contre
ses deux murailles perpendiculaires, et plus loin s’é-
pandant fastueusement au milieu de riches prairies,
nonchalant comme un des heureux de la terre. Vous
marchez, vous voyageur, pendant deux heures,
Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé,
— comme dit le bonhomme la Fontaine, — et plutôt
à genoux qu’à pied, écorché par les pierres, déchiré
par les mimoses ; vous aspirez à descendre ; mais il
faut arriver au sommet et vous vous en croyez encore
loin ; tout à coup, comme si un voile se fût déchiré à
vos yeux, vous vous trouvez en face d’une resplendissante
scène de végétation : à mille mètres au-dessous
de vous, et dans les profondeurs d’horizon infinies,
se déploient la luxuriante verdure des prairies,
le jaune doré des theffs fourmillants, les rivières scintillantes,
ces joyaux des champs, et les villages éparpillés
çà et là avec leurs toits coniques ressemblant à
des ruches.
Pour bien se faire une idée de l’aspect pour ainsi
dire convulsionné que présentent ces terrains, il faut
imaginer, au-dessus du premier plateau, un second,
puis supérieurement un troisième, ce qui rend assez
bien la gradation des hauteurs, et couper ce système
par une foule d’entailles, inégales de profondeur
comme de direction, tantôt ne pénétrant pas même la
dernière couche, tantôt allant au-dessous de la seconde.
En certains lieux, dans le Sémiène et le Choa