
mière idée fut de faire feu; mais notre guide, examinant
le calibre de nos fusils, nous en dissuada vivement. Il
nous fit observer que nous étions dans une plaine où
rien ne pouvait nous garantir de l’approche des éléphants
, qui marcheraient droit vers nous si nous les
attaquions; il ajouta que les chasseurs ne tirent jamais,
à moins d’avoir un poste inabordable, tel qu’un ravin
ou une butte escarpée : Il n’y a , nous d it-il, qu un
cavalier qui puisse chasser cet animal en plaine. Nous
suivîmes le conseil prudent de notre guide; nous revînmes
sur nos pas, et nous nous dédommageâmes en
tuant trois gazelles et cinq pintades.
Le lendemain, étant partis de grand matin, nous
arrivâmes de bonne heure à Gondet. J envoyai saluer
le choum, qui avait nom Ato Akilasg et lui demander
un logement dans le village. Il me fit aussitôt donner
une maison voisine de la sienne, et à peine y étions-nous
installés, qu’il compléta dignement cette hospitalité par
l’envoi de deux jeunes béliers, d’un pot de miel, d’un
mouton et d’un filet de boeuf. Son intendant vint ensuite,
en nous complimentant, s’enquérir si nous avions besoin
de quelque autre chose. Nous déjeunâmes sans importuns.
Une heure après, Ato Akilas en personne nous
fit sa visite. Il protesta de son ardent désir d’être utile à
des Européens dont il avait déjà entendu parler, et qui
appartenaient à une nation qu’il avait appris à estimer
en voyant maintes fois les produits de son industrie.
11 avait en effet reçu plusieurs armes de M. Coffin,
et l’Arménien Joannès, pour se faire bien venir de lui,
s’était défait en sa faveur de quelques pièces d’orfévrerie
qui n’étaient pas sans mérite., Je compris, par
ses compliments ad hominem, ou plutôt ad g entent, que le
choum m offrait son amitié aux mêmes conditions : il
paraît que l’échange fréquent n’épuisait pas son fonds.
Toutefois, en raison de ses cordiales avances, je ne
m’en choquai point. Il fit du reste tout son possible
pour m’être agréable, et il me donna, sur la situation
du moment, quelques détails intéressants. Tous les
chefs de la frontière du Tigré connus pour leur dévouement
à Oubié, avaient rallié son armée dans la crainte,
si leur maître venait à éprouver un échec, de se trouver
pris au dépourvu par les révoltes de l’intérieur. Le
pays était ainsi livré à la merci d’anciens partisans de
Cassaye, que la ruine du fils de Sebagadis n’avait
pu réduire, et qui depuis lors étaient errants;
après trois ans des plus cruelles privations, ces
gens-là avaient une revanche à prendre ; aussi malheur
au paysan comme au voyageur qui cheminait
sans protection ! Celle d’Ato Akilas était des plus
efficaces ; car il commandait à la population la plus
guerrière et la mieux armée du Seraé. Gondet, en
effet, n’a que deux classes, celle des cultivateurs et
celle des chasseurs. Les premiers, forcés d’aller se livrer
à leurs travaux dans les plaines du Mareb, souvent
à de grandes distances des habitations, sont toujours
armés pour défendre leurs bestiaux contre les
bêtes fauves, et l’autre classe, dans laquelle il faut ranger
les nobles du pays, est, par la nature de ses occupations,
continuellement exposée aux plus grands
dangers, ce qui la rend hardie et belliqueuse. Outre