
et de l’armement d’une garde nationale. Depuis les
revers et la retraite d’Ibrahim Pacha, en Syrie, cette
armée citoyenne manifestait des intentions beaucoup
trop belliqueuses; à mon arrivée, on s’occupait activement
de la désarmer, ce qui pouvait, du reste, s’effectuer
sans difficultés.
J’avais quelques achats à faire au Caire, qui, joints
à la location d’une barque pour remonter jusqu’à
Kéné, me prirent une quinzaine de jours ; quinze
autres furent employés à ce trajet. Notre compagnie
se grossit, à Kéné, de M. Dégoulin et de sa famille.
Ce Français se rendait à Messoah en qualité
d’agent consulaire; c’était, m’a-t-on dit, un ancien
commis de magasin qui devait la faveur de ce poste
à la protection de M. Cocbelet. Il m’avait demandé à
faire route avec moi, et à profiter de ma barque.
Nous franchîmes le désert en cinq jo u rs , et nous
croisâmes en route plusieurs régiments égyptiens qui
revenaient de l’Arabie, dont l’évacuation s’achevait.
Quelques années de séjour avaient suffi pour les réduire
à 1,000 ou 1,100 hommes de 4,000 que comportait
le cadre complet, et encore ces débris semblaient exténués
de fatigues : mais j ’en étais encore à me demander
comment tant de ces malheureux avaient pu
survivre, je ne dis pas aux chances mortelles des
combats et des maladies, mais à deux mois de navigation
sur des barques étroites et non pontées, où ils
étaient entassés sans air, sans vivres et sans eau.
De nouvelles troupes arrivèrent encore pendant que
nous étions à Cosseir, et apportèrent la nouvelle que
deux des barques employées à ce transport venaient
de périr avec tout leur monde sur les rescifs de la mer
Rouge. Quand nous quittâmes la ville, il paraît qu’il
n’y avait plus un seul soldat de Méhémet Ali dans
toute l’Arabie.
L’agent consulaire de France à Cosseir, le bon
M. Élias, s’occupa activement de nous procurer un
bâtiment tel qu’il nous le fallait; aussitôt qu’il fut
prêt, je m’embarquai avec toute mon expédition,
outre M. Dégoutin, sa famille, et M. Blondel, qui
nous avait rejoints à Cosseir, le surlendemain de notre
arrivée.
Cette navigation de la mer Rouge n’est pas assez
variée pour qu’on puisse en rien dire après en avoir
déjà parlé deux fois. Tout se passa à cette troisième
comme à l’ordinaire. Après avoir abordé la côte d’Arabie
directement en face de Cosseir, nous la longeâmes
jusqu’à Yembo, où. nous abordâmes cinq
jours après. Ce port était tout à fait évacué par les
troupes égyptiennes, et sa population paraissait tellement
indisposée contre les Européens qu’il eût été,
je crois, fort imprudent à nous de nous aventurer le
soir dans la ville, voire même de nous écarter beaucoup
des murailles dans la journée.
Neuf jours après, nous jetâmes l’ancre dans la rade
de Djeddah. Cette ville était également évacuée ; mais
les habitants, malgré leurs fréquents rapports avec les
Turcs, ignoraient encore qu’ils ne fussent plus sous
l’autorité de Méhémet Ali; lorsque je présentai mon
firman au gouverneur, il le reçut avec les plus grandes