
c’est qu’on ignorait encore quelle marche suivrait
notre cabinet dans les difficultés que lui suscitait la
diplomatie européenne, et il pouvait très-bien se faire
que 1 occupation d’un point de la côte d’Abyssinie
improductif, même dans les montagnes : toutes les terres étaient ensemencées
ou couvertes de plantations : les pierres étaient recueillies pour
bâtir......................• .
. . . Au moment d’arriver à Paris, notre voiture versa; fort
heureusement personne n’eut de mal ; néanmoins Ato Théophilos en fut
vivement ému pour nous, et nous témoigna l’empressement d’un père
pour ses enfants. Cet événement fut cause que nous nous embarquâmes
dans un bateau à vapeur, qui remontait une rivière qui passe au milieu
de Paris. Peu de temps après, nous arrivâmes dans cette ville, où
siège la royauté. . . . . ...........................
. . . . C’est à Paris qu’on voit tout ce que peut faire le travail de
l’homme; qui n’a pu en être témoin reste comme un corps sans âme
[endié ouaza ikaral)......................................................................
. . . Nous allâmes chez un savant : il nous reçut avec beaucoup
de bonté; sa femme et sa fille se joignirent à lui pour nous donner le
sourire de l’hospitalité. Nous ne comprenions ce qu’elles nous disaient,
mais notre coeur le sentit; car leur voix ressemblait à celle que l’on
entend quand le souvenir d’une mère ou d’une soeur parle à l’oreille. .
. . . Nous avons été nous promener dans un jardin où il y avait
de grands arbres et beaucoup de pierres taillées à l’image de l’homme;
au sortir de là nous nous trouvâmes sur une place où étaient deux beaux
jets d’eau, et. au milieu, une pierre (aoult) dans le genre de celle
d’Axoum : elle a été apportée d’Égypte par les Français. Sans même s’embarrasser
de ce qu’elle soit venue de si loin, il est surprenant qu’elle
ait pu être élevée et placée sur l’autre pierre qui lui sert de base, car
elle est plus épaisse que celle d’Axoum, et tout aussi haute qu’elle. Et
nous autres, insensés, nous attribuons aux démons les travaux en ruine
cadrât avec une certaine ligne de conduite ; car il est
hors de doute qu’un pareil établissement ne saurait en
aucun temps être nuisible à nos intérêts dans la mer
Rouge. J’étais d’autantplus excusable de penser ainsi,
de notre ville sainte, parce que nous ne pouvons concevoir qu’ils soient
l’oeuvre des hommes.
Nous sommes venus dans le pays où l’esprit est nourri ainsi que le
corps, et comme le dit le Christ, la première nourriture vaut mieux que
la seconde. (Ourke na heur bisabasébe men iteukmal melkamsera guène
lezelalème ianoural. ) Qu’importe un amas d’or? la bonne oeuvre seule
atteint l’éternité. 0 toi, Oubié, notre roi par la grâce de Dieu et l’aide des
hommes ! jusqu’à présent tu as été grand dans la guerre! tu as détruit
tous tes ennemis ; comme le roi d’Azab, tu les a taillés en pièces ; mais
lui est descendu du trône, et toi, tu y es monté ! De même que David
s’assit sur le trône de Saül, tu as déplacé la branche Galla pour y substituer
la tienne : puisse-t-elle se perpétuer jusqu’aux enfants de tes enfants
! Rien encore n’a été fait en Éthiopie digne d’être transmis à la postérité.
Toi donc, fais l’oeuvre d’un roi (sera ielloumena enté guène enguidiè
ia negousse sera sera ) ; puisque tu nous as envoyés pour voir comme si
nos yeux étaient les tiens, crois en ce que j’écris; et si Dieu daigne enfin
envoyer la lumière à l’Éthiopie, fais que ce royaume soit éclatant comme
le ciel qui le couvre, que ses hommes soient puissants comme ses plantes,
riches comme son sol, dont quelques parcelles emportées par les
torrents, donnent la nourriture au pays d’où nous vient notre patriarche
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Nous avons parcouru cette ville : ses maisons sont hautes comme des
montagnes; ses rues sont unies, et la voie est recouverte de pierres
jointes ensemble; elles sont toujours pleines de monde; c’est un mouvement
perpétuel : jour et nuit pas de repos. La lumière non plus ne
cesse pas de jeter ses clartés ; à celle du soleil succède celle de l’air enflammé.
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Le dixième jour du mois de séné (2 juin), nous allâmes dans