
toires couraient à ce sujet; nous en avons déjà rapporté
u n e , nous ferons grâce au lecteur des autres. Chaque
nouvel arrivant apportait la sienne; mais de toutes il
était aisé de conclure que le chef du Sémiène avait
essuyé une défaite complète. En attendant, l’absence
d’Oubié avait amené l’anarchie la plus profonde,
et les divers chefs féodaux laissés à la garde du pays
songeaient à s’en établir définitivement maîtres. De tous
côtés, des bandes de pillards désolaient la campagne;
le nébrid Ouelda Sallassé s’était déjà déclaré indépendant,
et levait des contributions à son profit ; le pays
d’Okoulé Gouzaye avait chassé tous les gouverneurs,
et se préparait à marcher contre celui d’Eguela
Goura, après avoir mis à sa tête le baharnagache Zéa
Guéorguis. GuébraRafaël, échappé àBalgadaAréa, dévastait
le Tembène. Ce dernier s’était successivement
emparé de l’Enderta, de l’Haramat et de l’Agamé.
Néanmoins Balgada Aréa, de tous ces aspirants à la
succession d’Oubié, paraissait avoir le plus de chances,
tant par son caractère, sa valeur et son habileté, que
par sa parenté avec les deux anciens chefs chéris des
Tigréens, Sebâgadis et Ouelda Sallassé; mais pour arriver
au commandement suprême, il lui fallait marcher
sur le corps de tant de rivaux que son règne promettait
bien de n’être qu’une longue guerre civile. Dans
ces conjonctures, on comprendra aisément l’immobilité
qui me clouait à Béeza et à laquelle nous engageait
notre hôte lui-même, Ouelda Rafaël. Mais bientôt cet
asile devint pour nous la pire des positions, car le
Nébrid Ouelda Sallassé parla hautement de nous arrêter
et nous mettre à contribution. Il n’y avait pas beaucoup
à balancer; nous n’avions qu’une alternative : ou de
quitter l’Abyssinie, ce qui n’eût certes pas été facile, à
court comme nous étions d’argent; ou de nous mettre
sous la protection d’un des chefs de parti qui tenaient la
campagne, car de n’être à aucun nous exposait à être
pillés par tous. C’est à ce dernier parti que nous nous
arrêtâmes; restait à choisir notre protecteur, et à cet
égard nous ne pouvions hésiter à nous adresser à Balgada
Aréa, qui était le plus puissant, et m’avait déjà
personnellement donné des témoignages de bienveillance.
Il se trouvait alors dans l’Agamé, où nous
résolûmes d’aller le rejoindre ; mais pour ne pas courir
dans la route des risques trop certains, nous lui envoyâmes
préalablement demander par un de nos domestiques
un guide qui pût en même temps nous servir
de sauf-conduit.
Dans l’intervalle, MM. Petit et Yignaud se rendirent
à Adoua pour y prendre les effets que nous y avions
laissés. Ils revinrent avec des nouvelles politiques plus
fraîches que celles qui nous étaient connues, et qu’en
raison du soin de leurs informations ils nous donnèrent
comme certaines. Les voici, telles du reste que
des renseignements ultérieurs m’ont permis de les
rectifier.