
à un riche seigneur q u i, s’il l’accepte, prend par cela
même l’engagement de donner en retour soit une
rente, soit une certaine somme d’argent. On n ia fait
l’honneur, à moi qui te parle, de me croire assez riche
pour accepter de pareils présents.
Les femmes du grand monde et les courtisanes sont
les seules qui sont en évidence, comme partout, d’ailleurs;
le reste joue un rôle assez obscur : les femmes
des négociants sont livrées aux soins du ménage ;
quant à celles des artisans, les plus pénibles travaux
leur sont dévolus, et ce sont sans contredit les plus
malheureuses créatures de ce pays-ci ; elles vont
chercher l’eau et le bois, moulent le grain, font le
pain et la cuisine.
A part cette société raffinée, qu’on trouve dans
toutes les capitales, société dont la classe féminine
fait tellement à mes yeux la partie importante, que
je ne crois pas devoir te dire un mot des dandys de
l’Abyssinie, plus nuls encore ici que partout ailleurs,
si c’est possible; à part, dis-je, tout ce monde-là, les
gens sont les mêmes que dans le Tigré, et distribués
suivant la même hiérarchie. On y trouve'encore ces
depteras si pleins d’amour-propre et de suffisance,
peut-être un peu moins roides et gourmés; mais ils ont
un autre défaut en compensation, celui de se diviser
par sectes de philosophie. Jusqu où la controverse ne
va-t-elle pas se nicher ! Il y a aussi à Gondar des espèces
d’avocats qui font métier de fausser la loi , en
l’interprétant.
La classe des ouvriers, plus habile, plus intelligente
à Gondar que dans tout le reste du royaume, ne
présente, dans ses moeurs, aucune particularité digne
de remarque ; j ’ai seulement eu lieu d’être étonné de
l’ardeur que témoignent ces artisans pour le travail,
quand ils ont leur salaire assuré, ce qui est loin de
toujours arriver.
Le marchand de Gondar se pique de charité, et fait,
une fois par semaine, des aumônes aux pauvres qui
se réunissent en grand nombre autour de sa maison.
Quant à la noblesse et au clergé, je n’en parlerai
pas, car tu en as vu chez Oubié d’admirables spécimens;
mais il est, bon de te dire quelques mots de l’empereur
qui, tu ne l’ignores pas, n’a plus aucune part dans
le gouvernement du pays, mais à qui on a encore
laissé, par forme, le droit de haute et basse justice,
pour les crimes commis à Gondar seulement.
La première fois que je le v is , il me parla avec
enthousiasme des Européens, dont il n’avait jamais
entendu parler que par la tradition relative aux Portugais
venus du temps de Gragne ; il me demanda si
je pouvais faire venir des ouvriers d’Europe pour
réparer son château gothique; puis il s’enquit de ce
que cela lui coûterait, e t, sur ma réponse, il s’écria
que ce n’étaient plus les empereurs d’aujourd’hui qui
pourraient faire une pareille dépense, quoiqu’elle eût
été considérée comme fort peu de chose au temps de
leur splendeur.
Quelques jours après, j ’assistai, chez lu i, air-jugement
de trois hommes accusés d’avoir volé les décorations
d’une église. Il siégeait sur son trône, les likaontes