
heures après, nous reprîmes le chemin d’Adoua,
accompagnés de plusieurs chefs qui suivaient la même
route que nous. Au lieu de nous diriger sur Assaye,
nous passâmes par Guendepta où l’Oizoro Semrette
avait une maison de plaisance. Cette daine continuait
de me prodiguer ses bonnes grâces et de cajoler mon
drogman Gabriout, à qui elle laissait entendre de son
côté, comme Ato Ouessan l’avait fait du sien, quel serait
le genre de cadeau qu’elle désirait que je lui fisse.
Je commençais à être convaincu qu’en Abyssinie rien
n’était plus exact que le proverbe connu chez nous relativement
aux petits cadeaux et à l’amitié, si ce n’est
avec.cette légère variante, que les plus gros étaient là
les plus propres à l’effet désiré.
Du reste, je devais bien faire quelque chose pour
reconnaître la généreuse hospitalité de mes hôtes;
aussi ne me scandalisai-je point : je me contentai de
ne rien répondre. 11 faut, en ce pays, donner quand on
p eu t, mais ne jamais promettre. Ce n’était pas, à ce
qu’il me parut, dans les principes de mon drogman;
car le drôle se laissait traiter en grand seigneur, ce
qui rie pouvait être qu’en vertu d’un pacte conclu au
préjudice de ma bourse. Déjà en maintes occasions je
m’étais aperçu qu’il prenait plutôt les intérêts de ceux
qui flattaient sa vanité que les miens : je me réservais
à cet égard d’avoir une explication avec lui.
Le lendemain, dans la matinée, je rentrai dans
notre maison d’Adoua, où j ’embrassai mes compagnons
de voyage. Angelo vint aussi m’offrir ses félicitations.
11 avait la larme à l’oeil ; ce n’était pas précisément la
joie de mon retour qui lui causait cette vive émotion,
mais bien une certaine avanie que l’intempérance de sa
langue lui aurait cent fois méritée. Dans un moment
de vivacité, notre ami Dillon lui avait administré le
traitement qui scandalise si fort le vieux don Diègue,
dans le C id , J’avais heureusement un baume tout prêt
à poser sur cette cruelle blessure, et je le consolai en
lui apprenant qu’il allait retourner dans son pays
pour nous chercher des fonds. Les nôtres, en effet,
étaient épuisés, et, comme je l’ai déjà d it, le consul
nous avait réduits à l’embarrassante nécessité d’envoyer
eq Égypte pour en toucher de nouveaux. Angelo
m’apprit alors qu’il avait réussi, pendant ma courte
absence, à retrouver la précieuse mule que nous '
avions si malencontreusement perdue sur la route
d’Adoua: c’était une véritable trouvaille, et la surprise
me parut d’autant plus agréable, qu’elle nous donnait
les moyens d’attendre le retour d’Angelo. Ce ne fut
pas là le moindre exploit de ce digne serviteur,
brave et honnête au fond, et qui nous était fort
attaché.
Le lendemain, nous préparâmes notre correspondance
pour la France, je donnai en outre à Angelo une
lettre de créance pour M. Cochelet, et la commission
de m’acheter un baromètre par l’entremise obligeante
de M. Mougel, ingénieur français à Alexandrie.
Aussitôt après son d ép a rt, nous commençâmes
nos travaux. M. Dillon prit deux jeunes gens pour
d’aider dans ses recherches botaniques, M. Petit,
un chasseur, et moi un porteur pour ma plan