
miere barrière contre les envahissements de ces
hordes, et déjà l’élément galla y prédominait. La
civilisation y suivait une décroissance analogue,
quoiqu’elle eût évidemment la même source.
Néanmoins nous en sommes malheureusement
réduits sur cette question à des conjectures,
car l’Abyssinie ne se dégage des limbes historiques
qu’à l’époque de Makéda, une reine
de ce pays contemporaine de Salomon. C’est la
fameuse reine de Saba de l’Écriture. Selon la
chronique éthiopienne, dans la visite que Makéda
fit à Salomon, elle lui porta des présents en joyaux
si magnifiques, qu’on n’en avait jamais vu de
pareils jusqu’alors. Cette princesse eut de Salomon
un fils nommé Menilek, qui fut élevé à Jérusalem
, et ramena en Éthiopie une colonie de
Phéniciens et de Juifs. Le vocabulaire de la langue
éthiopienne contient en effet beaucoup de mots
phéniciens. Les présents de Makéda nous feraient
supposer l’industrie abyssine déjà très-avancéé ;
les Phéniciens et les Juifs n ’ont pu encore qu’y
ajouter. Mais plus ta rd , sous les Ptolémée, des
colonies grecques vinrent successivement s’établir
sur le littoral de la mer Rouge, et durent porter
bien haut la prospérité de leur commerce,'si l’on
en jugé par les ruines des établissements qu’ils
ont formés à Adulis , à Amphilah, à Bérénice.
D’autres ruines grecques, dans l’intérieur des
terres, à Axoum, à Atebi, à Achangui, se rattachent
à la splendeur de cette période. Enfin à une
époque plus proche de nos jours, avant l’invasion
des musulmans, les Indes, et surtout Venise, entretenaient
un grand commerce d’échanges avec
l’Abyssinie. Cette république avait des comptoirs
à Alexandrie, au Caire et à Suez, et elle envoyait,
par l’entremise des Arabes, tous les produits de
son industrie dans les ports de Messoah et de
Soakim. Ce dut être alors le point culminant de
la fortune des Abyssins ; mais, chose remarquable,
ce grand commerce resta concentré dans les mains
des étrangers, et la nation se forma d’un amalgame
de peuples , de moeurs et de religions divers,
vivant au sein de la plus large tolérance.
Avant le voyage de Makéda, les Abyssins professaient
le sabéisme ; ce voyage eut pour effet de
les convertir presque entièrement au judaïsme.
Makéda changea aussi l’organisation politique de
son peuple, sans qu’on sache précisément en quoi
consistaient ces changements. Mais depuis lors la
monarchie a été absolue, héréditaire et féodale,
et la même dynastie lui a toujours fourni ses rois,
sauf une usurpation dont nous allons parler.
Nous avons dit l’epoque de la' conversion des
Abyssins au christianisme : la nation mit à abandonner
le judaïsme tout l’empressement qu’elle
avait témoigné à l’adopter ; cependant un certain