
tombe en Abyssinie, ce qui me porte à croire que les
principales sources du Nil sont situées, comme celles
du Nil Bleu, sur le plateau éthiopien.
Quelques jours après, un homme qui revenait du
Lasta nous apprit la nouvelle que le voyageur dont
j’ai parlé plus h a u t, et qui voulait aller à Zanzibar,
avait été assailli par trente bandits, qui, après l’avoir
dépouillé, l’avaient laissé pour mort. Bien que ces
détails fussent loin d’être précis, je ne laissai pas
d’en informer l’agent consulaire français de Messoah.
MM. Féret et Galinier firent, je crois, de leur côté, la
même démarche.
Presque en même temps nous apprîmes la révolte
du dedjaz Gouangoul, q u i, pour prix de l’abandon où
il avait laissé son frère Cassaye, avait reçu d’Oubié
le commandement de l’Agamé. Ce chef nous envoya
faire des avances amicales que nous n’accueillîmes
p a s, car nous n’avions aucune estime pour le caractère
d’un homme qui ne se lassait pas de trahison, et
n’avait jamais eu le courage d’en soutenir une seule les
armes à la main.
Néanmoins, cette rébellion, venant se joindre à
celle de Guébra Rafaël, pouvait donner de l’embarras
à Oubié ; car il n’était pas à douter que les deux
insurgés ne fissent cause commune, et en effet, on
ne tarda pas à apprendre qu’ils avaient opéré leur
jonction en se ralliant une foule de petits chefs de
bandes. Mais Oubié avait une armée sur laquelle il pouvait
compter; et les rebelles-, privés qu’ils étaient de
cavalerie, étaient réduits à ne lui faire qu’une guerre
de partisans. D’ailleurs le chef du Semiène n’était pas
homme à perdre son temps en tergiversations ; dès qu’il
sut que les troupes qu’il avait envoyées en cantonnement
avaient été refoulées, il annonça son départ pour
l’Agamé, se faisant fort, avec toute son armée, d’avoir
châtié les rebelles en moins d’un mois. 11 me fit savoir
le jour où l’on se mettrait en route, m’invitant à
l’accompagner jusqu’à son premier campement, à Maye
Kerbahar. M. de Montuori voulut être de cette partie.
Ce jour-là nous nous levâmes au bruit de la musique
militaire des Abyssins : une grande partie de
l’armée, principalement les bagages, défilait à l’avance.
Nous ne montâmes à mule que lorsque nous
entendîmes le son des nagarits, car c’était le signal du
départ d’Oubié; alors seulement il se produisit un certain
ordre dans cette masse d’hommes, qui, jusque-là,
n’avait été qu’une cohue. Nous vîmes passer le général
en chef. Entre lui et les timbaliers existait un espace
vide assez grand ; ses principaux officiers l’entouraient,
et ne laissaient approcher personne que sur son ordre.
Nous fûmes de ceux devant qui les rangs s’ouvrirent ;
toutefois Oubié montra plus de réserve que dans sa tente.
Nous marchâmes à sa suite. Le ciel était couvert et
brumeux, ce qui, avec le tapage horrible des nagarits,
affectaient désagréablement deux des sens les plus irritables.
Les Abyssins ont une profonde admiration pour
ce genre de musique qui les enflamme d’une ardeur
guerrière ; il est vrai q ue, malgré sa discordance monotone,
elle a quelque chose de terrible comme un signal
de malheur et de destruction.