
et de l’hydromel; » et ne voulut pas souffrir que je disse
un mot avant que je me fusse déclaré parfaitement à
mon aise. Puis la conversation s’engagea sur l’Europe.
Les questions de Balgada étaient tout à fait différentes
de celles que me faisaient ordinairement ses compatriotes;
ce n’était plus de ces ridicules comparaisons
formulées par des : «Votre pays vaut-il mieux que le
!• nôtre? votre pain est-il meilleur ? etc. » Aréas’enqué-
« rait de notre gouvernement, de nos moeurs et de notre
industrie avec une hauteur de vues vraiment bien remarquable.
Il voulut aussi examiner nos armes, et je
lui montrai un fusil Lepage se chargeant par la ‘culasse
; il l’ouvrit lui-même après avoir vu une fois la
manière dont le ressort était disposé, et comprit très-
bien que le culot de la cartouche remplaçait la capsule.
Le soir venu, un dîner me fut préparé à part. La conversation
continua quelques moments encore, puis
Balgada me quitta en me laissant sa maison et son l i t ,
ce qui est la plus grande marque de déférence que
puisse donner un Abyssin.
La journée du lendemain se passa également en conversations
; il me parla des pays galla et ta lta l, qu’il
semblait très-bien connaître; il m’offrit, pour les visiter
moi-même, un guide que je refusai, n’ayant pas
à ma disposition tous les objets nécessaires à une pareille
exploration. Je voulais d’ailleurs, pour la rendre
plus complète, la faire avec mes compagnons, et
comme mon hôte m’avait prié de lui envoyer notre docteur
pour le traiter d’une maladie qui l’incommodait
depuis longtemps, il fut convenu que nous profiterions
de cette occasion pour faire ce voyage, si curieux à
tous les égards.
Le jour suivant, je dis adieu à Balgada Aréa. Il me
supplia d’accepter, comme gage d’amitié, une mule, une
vache et six moutons. En vain je lui objectai qu’il était
contraire à l’usage des Européens de recevoir des cadeaux
dont ils ne pouvaient pas rendre l’équivalent ; il
insista, sous prétexte que ses amis le taxeraient d’avarice,
s’il me laissait partir sans me rien donner. Je cédai
enfin par la conscience du vif déplaisir que lui aurait
causé mon refus. Nous nous séparâmes comme
deux amis de vieille date. Il me donna le bras pour
m’aider à descendre de son château fo rt, et il m’accompagna
pendant une demi-heure de chemin; puis il
m’embrassa, et fit avec moi le serment d’amitié.
Je regagnai Antalo, où je restai un jour ; le lendemain
je tournai le village d’Afgole, et suivis une
vallée qui, après deux heures de marche, me conduisit
à Tchéleukot.
Cette ville est bâtie au milieu d’un bassin environné
de hautes collines, qui étaient en culture au temps du
ras Ouelda Sallassé, mais qui, aujourd’hui, sont devenues
la proie des plantes épineuses. Un large ruisseau
qui fait le tour de la ville en rend le’s environs
fertiles; chaque maison est pourvue d’un jardin, et
dans quelques-uns on a planté des oliviers, des genévriers,
des cédrats et des vignes : il en résulte le plus
charmant coup d’oeil. Tchéleukot a deux églises. L’une
d’elles est construite suivant le mode abyssin, c’est-à-
dire que sa muraille extérieure est cylindrique; mais