
lage d Adderbati. Nous y passâmes encore un jour pour
prendre quelques vues et quelques coupes de terrain
; après quoi, puisque rien ne nous retenait plus
au Mareb et que d’ailleurs la saison des pluies approchait,
nous nous mîmes en route pour Adoua. Dans la
nuit passée à Adderbati, nous vîmes des vapeurs
extrêmement condensées répandues sur la plaine, et
qui se trouvaient resserrées entre les montagnes, au-
dessus desquelles elles étaient alors trop pesantes pour
pouvoir s’élever. Au soleil levant, elles montèrent
rapidement et commencèrent à se grouper autour des
plus hauts sommets; mais bien tôt elles furent dispersées
par le vent, et le ciel resta pur jusqu’à dix ou onze
heures, moment auquel d autres nuages s’amoncelèrent,
poussés par la brise de sud-ouest; puis, vers trois heures,
celle de nord-est arrivant par rafales, produisit un orage
de pluies torrentielles accompagnées de tonnerre, et le
thermomètre descendit alors de trois ou quatre degrés.
Cette observation peut se répéter pendant tous les jours
de la saison des pluies.
Nous nous dirigeâmes vers Yeha, en traversant
cette fois-ci la plaine dAmado dans la direction
est-nord-est, et après avoir passé le Kororo, nous
aperçûmes près de ses bords quelques blocs granitiques
qui s’élevaient comme des monuments druidiques.
Au bout de deux heures nous atteignîmes le plateau
de Beéza sur lequel s’élevait une amba. Nous avions
devant nous les pics élevés qui forment le bassin de
Yeha, et où prend sa source leKouet, qu’il nous fallut
remonter pour y arriver. Le long des rives nous rencontrames
grand nombre de soldats qui revenaient du camp
d’Oubié ; ils étaient, suivant la coutume abyssine,
accompagnés de leurs femmes chargées de la batterie
de cuisine et des provisions de campagne. Celles des
officiers étaient montées à mules; leur costume se
composait d’un pantalon serré à la cheville, d’une
chemise brodée, et d’une toge drapée par-dessus à
la façon romaine. Dans le nombre se trouvaient aussi
quelques jeunes filles auxquelles les soldats faisaient,
parfois, la galanterie de prêter leurs chevaux; celles-là,
s’inquiétant peu du décorum, avaient oublié le pantalon
; un chiffon noué autour des reins leur servait de
pagne, et une guenille beurrée, jetée sur les épaules,
étaient les seuls voiles destinés à rendre leur pudeur
sauve. Pas une, en passant, ne manquait d'interpeller
M. Yignaud, à cause de son costume européen qui
était pour elles un grand sujet de risée.
A cinq heures du soir, nous arrivâmes au village de
Yeha, dont le fertile territoire est une dépendance du
fief de Medani Alem, la principale église d’Adoua. Ce
pays est habité par des Debteras, et en qualité de goult
clérical, il n’est pas assujetti à l’impôt civil ; aussi les
cultures y sont-elles riches et y entretient-on quelques
arbres fruitiers, qu’il est impossible de cultiver dans des
localités exposées aux déprédations des soldats. On voit
à Yeha les ruines d’une ancienne église bâtie par Abba
Asfé, et plusieurs inscriptions en ancien guize que
nous reproduisons dans la partie archéologique.
Nous passâmes une journée à Yeha; le lendemain,
nous prîmes par la vallée de Memessa pour revenir à
Adoua.