
une contradiction dans le caractère des Abyssins,
c’est leur patience dans les revers ; mais, en
la considérant de près, cette patience naît plutôt
d’un sentiment d’indifférence que de résignation.
L’Abyssin n’est jamais froissé par toute l’étendue
d’un malheur; son ignorance, sa gaieté, et un
grand fonds d’espérance le lui font supporter
avec toutes les apparences du stoïcisme.
Du reste, brave contre les dangers avec lesquels
il est familiarisé ( car il redoute tout ce qui
frappe son imagination), plein d’amour-propre
et de vanité, laborieux dans l’occasion, c est-a-
dire quand il voit son gain assure, 1 Abyssin offrirait
à qui saurait manier ce caractère souple,
facile, intelligent, le moyen de réaliser de grandes
choses. Mais l’instabilité de ses sentiments, la mobilité
extrême de ses idées, jointes aux désordres
de son gouvernement, font croupir ce peuple depuis
plusieurs siècles dans son ignorance et sa
barbarie.
Ce qui résulte de plus saillant de tout cela,
c’est, comme nous l’avons dit, les disparates les
plus choquantes : ainsi le même Abyssin qui supportera
sans murmurer pendant plusieurs jours
la soif et la faim, s’abandonnera, quand il le
pourra, aux excès les plus grossiers.
En général, le peuple abyssin n est pas très-
dévot ; cependant il professe un culte particulier
à la Vierge ; il s’adresse aussi à quelques saints
et aux anges. Celui de ces saints qui jouit de la
plus grande vénération, est saint Abonna Tecla
Émanout; c’est le seul qui fasse aujourd’hui des
miracles. Après lui saint Georges et saint Michel
ont le second rang dans l’estime publique : les
couvents qui ne doivent pas leur fondation aux
saints naturalisés dans le pays, sont ordinairement
placés sous leur patronage.
Mais la superstition tient certainement chez les
Abyssins toute la place que n’y occupe pas la dévotion.
Il existe en Abyssinie plusieurs eaux qui
ont la réputation de guérir miraculeusement de
toutes les maladies, entre autres celle de Tecla
Émanout, kDebra Libanos, ou, chaque annee, des
milliers de lépreux, de sourds, d’aveugles, vont
chercher leur guérison. Cette eau n’a probablement
jamais guéri que ceux qu elle a tues ; car le
chemin à faire pour y arriver est long et périlleux
, et quantité de malades y succombent.
La superstition la plus populaire est celle des
loups-garous, ou bouda. Comme en Bretagne, les
forgerons et les tanneurs ont la réputation de
recéler les malins esprits, et supportent toute
la responsabilité des maléfices. Eux seuls sont capables
de jeter un mauvais oeil sur les troupeaux,
de changer les hommes en bêtes, les rendre malades.
etc., etc.