
tel est l’extérieur de la maison, et l’intérieur y répond
tout à fait; quand on a franchi la porte, on se trouve
dans un emplacement obscur, à sol inégal, où sont
accumulés pêle-mêle les ustensiles de ménage : un
alga (lit en cuir) en décore le milieu. Cette chambre
donne issue à deux autres pièces; la plus vaste est
le logement des chèvres et des moutons; l’autre contient,
tout à la fois, la cuisine, le four, le grenier, le
moulin, et les jeunes filles de la maison, dont j’aperçus
à peine quelques mines effarées à travers des
espèces de lucarnes.
On dit les femmes d’Halaye les plus chastes et les
plus laides d’Abyssinie. Leur costume est cependant
assez leste, et si leur pudeur est réelle, ce n’est assurément
pas en cela qu’elles la montrent. Il consiste pour
les jeunes filles en un morceau de cuir lié autour des
reins qui leur descend jusqu’aux genoux, et, sur les
épaules, une peau de mouton garnie de coquillages,
taillée à la façon des Palycares. Les matrones, vêtues
avec un peu plus de sévérité, portent une chemise qui
descend jusqu’aux talons et dont les manches sont justes
au poignet. Pour travailler elles serrent cette chemise
à la ceinture ; en ville elles se drapent avec assez d’élégance
dans une toile de coton. Somme toute, ce n’est
pas encore à Halaye qu’il faut choisir des exemples
du bon goût des Abyssins, au dire de mon drogman,
et je le crois pour l’honneur de la nation.
Il n’en est pas moins vrai que la femme du choum
guedé se montrait à mon égard d’une amabilité charmante
; elle allait et venait à mon intention, et enfin
elle m’apporta une jatte de lait dont la vue seule me
fit tressaillir : je m’enquis d’abord s’il était fumé, et,
sur la réponse négative, j ’ingurgitai le précieux liquide.
Trahison! la fumée avait fait place à une livre
de sel au moins. Je jetai la (tasse loin de moi pour ne
pas céder à la tentation d’en gratifier le visage de mon
hôtesse, qui regardait mes grimaces de cet air satisfait
qui attend et sollicite un remercîment.
On vint m’annoncer le lendemain que des hommes
armés, descendus de Dixan, avaient arrêté mes compagnons
campés, disait-on, au pied d’une gorge qui
est le point de jonction des deux routes, et prétendaient
les contraindre à prendre le chemin de leur ville; je
trouvai lapolitesse un peu exagérée, et je partis aussitôt,
accompagné d’une troupe de chohos d’Halaye qui s’étaient
offerts à soutenir mon droit et en même temps
leur intérêt, évidemment attaché à ce que nos bagages
passassent parleur ville.
Apres deux heures d une course ininterrompue, nous
aperçûmes les soldats de Dixan. A leur vue, et avant
que j eusse le temps de m’y opposer, mes hommes se
précipitèrent en brandissant leur lance et en entonnant
le chant de guerre. La position était critique et j ’eus
peur pour mes compagnons qui, campés au pied
d’un rocher, semblaient devoir être la proie réservée
au. vainqueur. Je leur criai de se tenir sur la
défensive, mais l’un des gens du gouverneur de Mes^
soah s empressa de me rassurer. « Ces grandes démonstrations
de combat sont fréquentes, me dit-il,
parmi ces populations, mais n’aboutissent ordinaire-
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