
confondu nos harangueurs qui furent mis incontinent
à la porte. Oubié, déjà prévenu en notre faveur, nous
engagea, en nous congédiant, à venir souvent le
voir.
M. Sapeto nous conseilla le lendemain d’aller faire
une visite de politesse aux deux principaux ministres
d’Oubié, l’alaka Kidona-Mariam et l’alaka Habeta-
Sallassé, le même qui nous avait si efficacement servi
la veille: le premier, astucieux, rusé, ne reculant devant
aucun moyen pour arriver au succès, tenace et
vigoureux dans ses haines autant que dans ses amitiés;
le second, équitable, droit, vertueux, et cependant
presque aussi considéré. On attribuait à l’alaka
Kidona-Mariam l’expulsion récente des missionnaires
protestants qui avaient imprudemment, disait-on,
laissé percer leur mépris pour sa personne ; on assurait
qu’il avait fait serment que ces missionnaires ne
rentreraient pas dans le pays tant qu’il y conserverait
quelque crédit. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il avait
jusque-là tenu parole. Du reste, soit à cause delà prépondérance
absolue du culte catholique en Abyssinie',
soit par des motifs qui ont échappé à notre sagacité,
la mission protestante n’avait jamais obtenu dans ce
pays le degré de confiance que semblait devoir mériter
le caractère des hommes éclairés et recommandables
qui la composaient. Plus heureux ou plus habile,
M. Sapeto avait su se concilier l ’affection de ces deux
ministres d’Oubié.
Nous allâmes donc leur rendre visite. Habeta-Sallassé
fut simple et bienveillant comme l’honnêteté même, et
nous trouvâmes dans Kidona-Mariam un gros homme
replet dont la physionomie sceptique et railleuse cachait
encore quelque chose de réservé et de prudent.
Son front haut, son oeil vif dénotent une grande intelligence;
il est, dit-on, gourmand, libidineux et porté à
la somnolence, penchant qu’il combat par 1 habitude
de priser une quantité considerable de tabac; aussi
est-il aux àbois quand sa provision vient à lui manquer.
Il nous assura de sa bienveillance et de son
appui , et, en retour d’un manteau de drap que nous
lui avions donné, nous fit porter du miel et du grain.
Nous arrivions au mois d’août, époque à laquelle
les pluies deviennent à la fois régulières et plus abondantes.
Ces interminables déluges nous tenaient à peu
près prisonniers au logis, lorsque notre baldaraba
vint mettre à contribution la science de M. Petit dont
la réputation comme médecin commençait à se répandre.
Il s’agissait de guérir le dedjas Lemma, fils
d’Oubié, et gouverneur du Ghiré, d’une hémorragie
nasale presque continue. Ce jeune prin c e . résidait
alors au camp d’Addi-Onfito. Nous n’avions garde de
laisser échapper une occasion si favorable de parcourir
ce pays sous la protection d’Oubié, et nous partîmes,
laissantrM. Dillon qui voulait achever 1 exploration de
la montagne du. Selleuda. M. Sapeto nous accompagna
pour voir le dedjas Lemma, dont il avait reçu plusieurs
témoignages d’amitié.
Notre première station fut à Axoum, la ville sacrée
des Abyssins. Elle renferme les débris de leur grandeur
, et rappelle les plus antiques souvenirs de leur