
chaque choum des localités par où nous passions devait
nous donner une vache, sans compter la bière et
l’hydromel. Je n’expliquai cette munificence que par
l’attente où l’on était de plus riches présents.
Je ne tardai pas à me mettre en route pour le Se-
miène, province dans laquelle Oubié tient ordinairement
ses quartiers d’hiver. Je m’arrêtai le premier
jour àAxoum, le second à Anebara, où je laissai M.Vi- a
gnaud, pour aller faire une visite à Petit qui était alors
installé à Maye-Berazio, toujours en compagnie de
M. Rouget, qui lui continuait ses soins fraternels.
Grâce à l’air pur qui règne dans ce pays de hautes
terres, je trouvai mon compagnon sur la voie d’un
prompt retour à la santé, et je pus continuer mon
voyage au Semiène avec l’esprit parfaitement rassuré
à son sujet.
Quatre jours après mon départ d’Adoua, j ’arrivai
à Tchélatchékané, où j ’eus l’occasion de voir et d’en- ~
tretenir le botaniste allemand, M. Schimper, un des
hommes les plus dignes d’estime que j’aie jamais connus,
et chez lequel la science ne le cède qu’à la délicatesse
et au savoir-vivre. Je retroüvai aussi là, avec
non moins de plaisir, le R. P. Sapeto.
Je continuai ma route le lendemain, et, dans la
matinée, je traversai le Taccazé pour la première
fois depuis que j ’étais en Abyssinie. Les plateaux qui
encaissent cette rivière ont un niveau absolu de
2,000 mètres; celui du lit est de 900 mètres, à l’endroit
où je la passai. Les bords, presqu’à pic, rendent
ce passage très-pénible, et peut-être la végétation y estelle
moins abondante à cause de celte circonstance
qui, souvent, fait choir la terre végétale, et met la roche
à nu. En effet, partout où l’humus s’est trouvé
arrêté, les plantes ont acquis un développement incroyable,
et dont on ne pourrait voir d’exemple que
dans quelques endroits de l’Amérique. L’indigo croît
naturellement dans le bas Taccazé, mais les habitants
ne soupçonnent même pas la richesse de cette
production. Plusieurs arbres à résine y abondent,
et entre autres V am a ry s -p ap y r ife ra, dont la gomme
répand, en brûlant, lé parfum de l’encens le plus pur.
A Tchélatchékané, le Taccazé peut avoir 400 mètres
de largeur. Le terrain est schisteux à partir du plateau
jusqu’au lit de la rivière, dans lequel on trouve
des granits. Nous n’eûmes de l’eau que jusqu’aux
genoux; mais pendant les pluies le niveau monte
d’environ 8 mètres ; le courant de la rivière devient
alors très-rapide et charrie quantité d’arbres entraînés
par les torrents, ce qui rend le passage très-
dangereux. On a d’ailleurs en tout temps à redouter
les crocodiles, qui, ditr-on, y sont assez fréquents.
Le Taccazé, depuis le Lasta jusqu’à Tchélatchékané,
court au nord ; à partir de ce point il prend sa direction
à l’ouest, et ne revient au nord qu’au-dessous
de la province du Ouolkaïte. Nous y recueillîmes des
valves d’une ostréa de très-grande espèce, dont quelques
unes avaient plus de 6 pouces de diamètre ; malheureusement
nous ne pûmes trouver ni l’animal dans
sa coquille, ni les deux valves d’un même individu.
Cette rivière nourrit beaucoup d’espèces de poissons,
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